Une autre façon de travailler

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juin 2014
Delta Dore est l'une des rares entreprises françaises à intégrer le design dès la naissance d'un projet.
© Clémence Amiot

Chez Delta Dore, domotique et design font bon ménage. Celui-ci impulse une nouvelle dynamique entre les corps de métiers.

Quand on pense “design”, on imagine souvent du mobilier ultra-moderne, mais rarement de la domotique. Et pourtant ! L’entreprise Delta Dore(1) a été sélectionnée en 2013 pour deux de ses produits, Tybox et Calybox, par l’Observeur du design. Adaptés à tout type de chauffage (électrique, au gaz...), Tybox et Calybox régulent la température d’une pièce et informent l’utilisateur sur sa consommation d’énergie. « Nous les avons imaginés pour répondre à la réglementation thermique 2012 », précise Nathanaël Delahaye, designer de Delta Dore. Cette réglementation impose à la fois une consommation maximale de 50 kW/h par m² et par an, une surface vitrée importante sur les bâtiments neufs (un cinquième des façades) et un confort en été qui consiste à ne pas dépasser une certaine température. « Nos produits automatisent la fermeture des volets roulants, par exemple », ajoute-t-il.

Anticiper les usages

Delta Dore fait partie des rares entreprises à intégrer le design dès la naissance d’un projet. « Elle travaille avec des designers externes depuis les années 1980 et en a intégrés à son équipe dès les années 2000. » Quand Nathanaël Delahaye conçoit un objet, il se concentre avant tout sur les usagers. « Notre objectif est d’anticiper les futurs usages sur des produits qui n’existent pas encore. Et ce n’est pas chose facile ! Si l’on avait proposé aux habitants du 19e siècle d’améliorer l’éclairage, ils auraient demandé des bougies de meilleure qualité et non des ampoules électriques ! On organise donc des tables rondes, des observations à domicile... » Mais bien d’autres paramètres sont pris en compte : les technologies employées, l’intégration des composants électroniques, le temps et le coût de développement, la consommation électrique de l’objet, son ergonomie, son prix... Il faut aussi considérer les boîtiers de Delta Dore dans leur contexte. Leur fonctionnement dépend du tableau électrique, des interrupteurs et autres sondes et récepteurs situés dans la pièce.

« Nous travaillons avec les différents corps de métiers impliqués dans le projet, des ingénieurs aux fournisseurs. » Et puis, évidemment, une réflexion sur la forme, les couleurs et les finitions du produit est entamée dès le début.

« Ces choix ont un effet sur les technologies utilisées. Le type d’écran, par exemple, poursuit Nathanaël Delahaye. Nous voulons également exprimer les valeurs de l’entreprise à travers l’objet, ce qui assure notamment une cohérence dans nos gammes. C’est comme une charte graphique qu’on appliquerait à la 3D et qui soit décodable par les utilisateurs. »

La pensée “design”

Aujourd’hui, Delta Dore va même plus loin. « Nous utilisons les méthodes et les outils du design pour faire émerger des idées au sein des différents corps de métiers. Certains profils s’adaptent bien à ce fonctionnement : ils sont à la fois très spécialisés et capables de travailler en groupe. » La pensée “design” aurait de quoi intéresser plus d’une entreprise !

Recherche et design, le savant mélange d’Orange

Depuis cinq ans, chez Orange, les designers ne sont plus cantonnés en bout de chaîne, juste avant la commercialisation. Certains sont intégrés à la racine, dans les équipes de recherche. À Orange Labs Rennes, ils sont trois à évoluer parmi les ingénieurs. « Au départ d’un projet, nous avons tous un objectif commun : imaginer de nouveaux usages, que nous abordons avec des points de vue différents, explique Juliette Wolff, l’une des trois designers. Les ingénieurs veulent mettre en valeur les nouvelles technologies, les ergonomes voient l’accessibilité et l’acceptabilité, et notre objectif de designer est de faire le lien entre ces points de vue et de penser “hors du cadre”, pour susciter de l’émotion au travers de nouvelles expériences digitales. Cela donne lieu à beaucoup de négociations ! » Une fois les premières briques posées, c’est le designer qui va formaliser les prototypes de service et anticiper les nouvelles interactions qui en découleront. « Avec l’Internet des objets, le champ des possibles est infini ! Par exemple, en ce moment je travaille sur une nouvelle manière d’utiliser les surfaces tactiles. Ou encore sur la représentation des données, dans la suite du projet Empreinte, qui avait matérialisé en 3D les mouvements des personnes dans le quartier du Blosne, à Rennes(2). » Et c’est lorsque les projets se concrétisent que se perçoit pleinement la valeur ajoutée par le design.

Célinde Duguey
Renseignements : 
Juliette Wolff juliette.wolff@orange.com

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