Il ouvre la voie aux sous-marins

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juillet 2014
Le Beautemps-Beaupré parcourt les océans trois cents jours par an, principalement pour des missions d'hydrographie.
© B. Rupin - Marine Nationale

Le Beautemps-Beaupré étudie les courants et les fonds marins, pour des missions stratégiques ou scientifiques.

Parmi les navires scientifiques basés en Bretagne, la Marine en compte deux, à Brest. Le petit frère du Monge s’appelle le Beautemps-Beaupré (80 m de long). Blanc lui aussi, il est équipé pour cartographier l’espace maritime français, cet immense territoire de 11 millions de km2, bordé par 18 000 km de côtes. Il participe aussi à la connaissance physique, biologique, chimique et géologique des océans. Ses missions sont réalisées pour le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom), à Brest.

« La France est responsable de l’information nautique dans de nombreux endroits du monde, explique Jean-Charles Lauth, le commandant du Beautemps-Beaupré. Nous avons un mandat de l’Organisation hydrographique internationale(1) pour mettre à jour les informations concernant le relief sous-marin, les courants de surface et les approches des côtes. » L’équipement de pointe du Beautemps-Beaupré permet de détailler des fonds et de mettre à jour les cartes, là où les mesures de profondeur ont parfois été acquises, au 19e siècle, au plomb de sonde.

Repérer les épaves

Parmi les capteurs sous la quille du navire, le sondeur multifaisceaux explore le fond en trois dimensions. Près du rivage, deux vedettes équipées de sondeurs complètent les mesures. Sous moins de 40 m de fond, un sonar latéral remorqué permet d’obtenir des images du fond et de repérer les épaves. Un magnétomètre mesure le champ magnétique terrestre. Mis à l’eau depuis le portique, le tube d’acier d’un carottier prélève les sédiments pour connaître la nature du fond (sable, roche, vase) : une campagne a étudié récemment les fonds de la presqu’île du Cotentin et des îles anglo-normandes. La force et la direction des courants sont connues grâce à la bathysonde.

Trois cents jours en mer

Dans le laboratoire à bord, la chimie de l’eau et sa turbidité (concentration de matière minérale) sont étudiées. En caractérisant la température, la salinité et la pression de l’eau, les chercheurs du Shom établissent des modèles océanographiques - comme des modèles météorologiques, mais sous la surface des mers. Le parcours actuel du Beautemps-Beaupré va servir à la modélisation du mouvement des masses d’eau entre le golfe arabo-persique et la mer d’Oman. Le navire est en effet sorti, en juin, du golfe Persique. Il navigue aujourd’hui dans l’océan Indien, puis se dirigera vers Madagascar, les Comores et Mayotte.

Le Beautemps-Beaupré navigue trois cents jours par an. Deux équipages de vingt-neuf marins et deux commandants, qui se relaient. Avec son armement d’autodéfense, il a l’avantage de pouvoir circuler partout dans le monde, y compris dans les zones de piraterie. L’équipe scientifique compte vingt et une personnes. L’Ifremer, qui possède ses propres navires, l’utilise également pour une campagne tous les trois ans. L’hydrographie a été confiée historiquement à la Marine, tout comme la cartographie était le domaine des militaires - souvenez-vous des cartes 1/80000e de l’IGN appelées autrefois “cartes d’état-major”. « L’hydrographie est restée à la Marine, car nous recueillons des informations au profit des sous-marins, complète Jean-Charles Lauth. En comprenant bien le fonctionnement des océans, nous pouvons mieux naviguer sous l’eau. »

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Nicolas Guillas

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