Elles ne retrouvent plus la ruche

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septembre 2014
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Les pesticides ne tuent pas directement les abeilles, mais perturbent leurs capacités d’orientation.

Longtemps suspectés et finalement interdits depuis le 1er décembre 2013 en Europe sur certaines cultures, les pesticides de la famille des néonicotinoïdes figurent sur le banc des accusés dans la mortalité des abeilles et autres pollinisateurs. Mais leur mécanisme d’action n’est toujours pas connu. Grâce à une étude commencée en 2010, une équipe de recherche française pluridisciplinaire(1) tient une piste : le produit n’a pas un effet toxique direct, mais perturbe l’orientation des abeilles et leurs capacités à retrouver la ruche. Aujourd’hui doctorante à l’Inra de Rennes(2), Colette Bertrand a participé à la deuxième phase des travaux menée en 2012, qui vient de faire l’objet d’une publication(3).

La jeune femme a recueilli près d’un millier d’abeilles le matin à l’entrée de leur ruche, qu’elle a équipées d’une puce RFID de 3 mg fixée avec de la colle dentaire entre les deux ailes. Ce système permet de mesurer le nombre de retours à la ruche. « Nous avons travaillé sur neuf ruches pour avoir une certaine répétition des conditions de l’étude et nous débarrasser des biais dus à la colonie », précise-t-elle. Les abeilles ont ensuite été exposées à différentes doses d’insecticide(4) puis relâchées à un kilomètre de leur ruche dans des types de paysages différents : tantôt ouverts, dans le style des plaines céréalières, ou tantôt fermés, comme les bocages, et dans des conditions météorologiques plus ou moins favorables.

Le risque de non-retour augmente jusqu’à 26 % lorsque la météo est défavorable. Mais ce taux est également modulé par le contexte paysager. Même sans pesticides, les abeilles ont naturellement plus de mal à revenir quand le paysage est ouvert (49 % de non-retour contre 22 % en paysage bocager). « C’est donc dans le paysage bocager que l’effet du pesticide est le plus important, avec un taux de non-retour supplémentaire de 35 %, en comparaison aux abeilles témoins. »

Ces différences de sensibilité des abeilles au pesticide rend l’évaluation de son effet plus complexe, car il peut être sur- ou sous-évalué d’un facteur six selon les conditions. Ces résultats devraient aider les experts à déterminer la dose à partir de laquelle le produit constitue un risque réel pour la dynamique de population de la ruche.

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