Enveloppant comme un alginate

323
septembre 2014
© Tomasz Papuga / Fotolia
Selon l'utilisation souhaitée (masques, soins du corps enveloppants...), les industriels sélectionnent différentes variétés de laminaires ou différentes parties de l'algue.

Les algues brunes sont riches en alginates, texturants et gélifiants connus, utilisés ici dans les masques de beauté.

Dans l’algue, il n’y a pas que les principes actifs qui comptent. Les acides alginiques présentent aussi un grand intérêt. S’ils n’apportent pas de bienfaits à proprement parler, ils donnent aux crèmes et gels une texture couvrante, indispensable pour les soins de la peau. Leur application en cosmétologie remonte aux années 80. Ils sont, par ailleurs et depuis plus longtemps encore, utilisés par les industries alimentaires dans la fabrication des épaississants et des gélifiants et dans le domaine médical pour les excipients (apport d’une consistance, d’un goût, d’une couleur). Dans le domaine cosmétique, ils interviennent dans la formulation des masques de beauté et des soins du corps enveloppants.

Transformés en poudre blanche

La Bretagne compte deux des trois acteurs européens de ce secteur : Danisco (Landerneau - Finistère) et Cargill (Lannilis - Finistère). La société Danisco fournit près de 20 % de l’alginate utilisé mondialement (hors Chine) et toutes filières confondues (alimentaire, pharmaceutique et cosmétique). Ces volumes (plus de 3500 tonnes par an) sont rendus possibles par le fait que c’est principalement d’algues brunes abondantes en Bretagne, Laminaria digitata et Laminaria hyperborea, qu’est extrait l’alginate.

La société reçoit les algues des goémoniers qui sont une cinquantaine en Bretagne et en récoltent 60000 t par an. Les végétaux sont broyés dans un bain acide pour extraire l’acide alginique. L’ajout de carbonate de sodium permet de passer à l’état pâteux. Après dilution et filtration, cet acide est additionné de sels alimentaires (carbonate de sodium ou de potassium) pour obtenir de l’alginate de sodium ou de potassium. Cette poudre blanche quitte les locaux de la société de Landerneau en sacs de 10 à 25 kg ou en contenants de 500 à 800 kg.

Une question de ratio

L’acide alginique est composé d’un polymère formé d’acide mannuronique et d’acide guluronique. L’acide mannuronique confère des propriétés de flexibilité et une fragilité. À l’inverse, l’acide guluronique apporte de la rigidité et un caractère cassant. Chaque espèce de laminaire, mais aussi les différentes parties de l’algue, stipe (tige) ou fronde (feuilles), possèdent leur propre ratio. Ainsi, selon les caractéristiques souhaitées, les industriels s’orientent vers une espèce de laminaire plutôt qu’une autre, ou sélectionnent tel ou tel segment de l’algue.

Dans des tatouages

La société Cimaprem, basée à Rieux (Morbihan), joue sur ces ratios pour élaborer des masques de beauté, des soins du corps enveloppants. Lors de la gélification, les molécules d’alginates créent un réseau dans lequel l’eau et les actifs circulent librement. Ces actifs sont ensuite relargués, sur la peau lors de l’application du soin. Le dernier masque de Cimaprem se présente sous la forme de deux gels à mélanger : l’un contient l’alginate, gélifiant, l’autre renferme le principe actif. Selon le même principe, la société a récemment formulé un tatouage éphémère (qui s’efface avec du savon) composé de deux gels, dont l’un contient un pigment colorant (oxyde de fer). La société travaille actuellement sur le packaging pour que les deux gels soient mélangés directement dans l’applicateur (crayon ou autre).

Tabs

Michèle Le Goff

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER