Génétiquement identifiées

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septembre 2014
© Agrimer
Recherchées pour ses propriétés de protection cellulaire et anti-âge, l'algue rouge Calliblepharis jubata est identifiée de façon précise grâce à la génétique.

Culture en mer et identification précise des algues : les industriels assurent la régularité de leur ressource.

De cinq au départ, elles ne sont plus que trois à l’arrivée. Les espèces d’algues ne se cultivent pas si facilement. Agrimer(1), C-Weed Aquaculture(2), Biocean(3) et la Station biologique de Roscoff en savent quelque chose. Dans le cadre du programme de recherche Aquactifs qui s’est achevé en 2012, les scientifiques ont tenté de cultiver cinq espèces. Pour deux d’entre elles la culture s’est révélée techniquement difficile. De plus, pour l’une des deux, l’identification génétique s’est avérée très compliquée. Trois algues ont néanmoins pu être cultivées et identifiées génétiquement, de façon plus prometteuse. Elles ont fait l’objet de dépôts de brevets. L’une d’entre elles, l’algue rouge Calliblepharis jubata, possède des propriétés de protection cellulaire, anti-inflammatoire et de synthèse de collagène, c’est-à-dire anti-âge. La société Agrimer en commercialise déjà des extraits à l’export.

Travailler avec la bonne espèce

Même si la ressource semble abondante, cultiver des algues en mer présente quelques avantages. Cela préserve la biomasse et garantit au fabricant de travailler avec la bonne espèce, de manière régulière. « À la récolte, il n’est pas toujours possible d’être certain de l’espèce. L’identification morphologique de l’algue ne suffit pas », souligne Éric Guivarch, responsable du laboratoire chez Agrimer. D’où l’importance de l’identification génétique. En outre, cela permet de mieux standardiser la teneur en composés actifs.

De plus, les algues ne sont pas toutes facilement accessibles. Les conditions extrêmes de récolte - en pleine mer - de certaines d’entre elles (Delesseria sanguinea) les disqualifient pour une utilisation industrielle. « Certaines algues sont comme des edelweiss : inaccessibles », illustre Éric Guivarch.

« Il n’aura pas le même goût »

Mais l’algue ne fait pas tout. Une fois la culture assurée, reste à en extraire les principes actifs : flavonoïdes, polyphénols, polysaccharides... Certains de ces actifs sont présents dans le cytoplasme, à l’intérieur des cellules, d’autres dans la membrane. Quelques-uns sont solubles dans l’eau, d’autres pas. Le savoir-faire consiste donc à adapter les solvants, la température et divers paramètres en fonction des molécules que l’on souhaite extraire. « C’est comme la préparation du café, compare le responsable du laboratoire d’Agrimer. Si vous ne mettez pas assez de café et que vous le faites passer avec de l’eau froide, il n’aura pas le même goût qu’un café bien préparé. » Pour les algues c’est la même chose. Déterminer les bons procédés pour recueillir le meilleur extrait est un savoir-faire. « Avec une mauvaise méthode le risque est même de ne pas extraire les bonnes molécules. Dans la filière cosmétique, le développement est long. Élaborer différentes formules et les tester prend plusieurs mois, voire plusieurs années. »

Les algues au berceau

À quel stade de son développement l’algue renferme-t-elle le plus de principes actifs ? La question est posée par l’équipe constituée des laboratoires Science et Mer(2), de C-Weed Aquaculture, du laboratoire Lemar(3), de l’Université de Nantes(4) et du Céva(5). Elle porte sur les composés phénoliques des algues brunes à des fins cosmétiques (actifs anti-âge).

Ce projet de recherche, Riv_age2, labellisé par le pôle de compétitivité Pôle Mer Bretagne Atlantique devrait débuter concrètement cet automne si l’équipe réunit les fonds nécessaires. Les scientifiques étudieront la production de polyphénols au cours de la croissance des algues brunes pour savoir s’ils sont présents dès les premiers stades cellulaires et comment ils évoluent au cours du développement de l’algue.

Les chercheurs se pencheront également sur les polyphénols d’intérêt et optimiseront un procédé d’extraction, déjà initié par les laboratoires Science et Mer et l’Université de Bretagne Occidentale.

Renseignements : 
Maud Larnicol Tél. 02 98 28 61 63 m.larnicol@scienceetmer.com

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Michèle Le Goff

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