Isoler la crème des algues

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septembre 2014

Les produits cosmétiques, y compris de grandes marques, contiennent des algues et des savoir-faire poussés en Bretagne.

Rouges, brunes ou vertes, sur la plage, elles déclenchent parfois quelques grimaces. Pourtant sur les pots, tubes et flacons des produits cosmétiques, elles sont dotées de vertus très courtisées. Et ça tombe bien pour la Bretagne qui, avec 700 à 800 espèces, est la région la plus riche d’Europe en algues dont certaines sont endémiques, c’est-à-dire spécifiques au territoire.

Localisation des récoltants et transformateurs d'algues pour la filière cosmétique. Certains récoltants réalisent l'extraction de principes actifs.
Source : Adit anticipa, Bretagne COmmerce International, Bretagne développement innovation, cbb-Capbiotek Bretagne, Céva Cosmed antenne grand oust, données en cours de mis à jour

En plus de la matière première, les savoir-faire qui s’y attachent sont aussi bien implantés en Bretagne. Tous les maillons de la transformation de l’algue sont présents : récolte, aquaculture, extraction de composés d’intérêt, formulation, fabrication, tests..., jusqu’à la commercialisation de produits finis.

Au total, près de quatre-vingts entreprises utilisent des algues pour la cosmétologie en Bretagne, parmi les deux cents que compte la filière(1). Les sociétés bretonnes fournissent les plus grands noms de la beauté tels que Chanel, Estée Lauder, Shiseido, L’Oréal... et se hissent parmi les acteurs internationaux majeurs du marché par leur savoir-faire.

De vraies usines à molécules

Les algues sont intéressantes car elles renferment des molécules naturelles d’intérêt, ou principes actifs. Ce sont des oligoéléments, vitamines, lipides, polyphénols, protéines, polysaccharides... qui ont des propriétés anti-inflammatoires, régénérantes, hydratantes, amincissantes... Certaines de ces molécules se trouvent également dans des végétaux terrestres. D’autres sont spécifiques aux algues, qui les produisent pour faire face à leurs conditions de vie notamment à l’alternance immersion/émersion (choc osmotique, fortes variations de température, rayonnement UV...). Les algues sont de « véritables usines à molécules », comme le souligne Guénolé Le Calvez, directeur général de BiotechMarine(2). La société de Pontrieux (Côtes-d’Armor) était la première avec Codif, basée à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), à sortir les algues des centres de thalassothérapie pour les propulser dans l’univers des produits cosmétiques à la fin des années 80. Dans le même temps, Daniel Jouvance se jetait à l’eau en faisant entrer des soins à base de microalgues dans son catalogue. Tous les trois ont été bien inspirés !

Innover sans cesse

Tout l’enjeu de la valorisation des algues en cosmétologie consiste à produire des extraits riches en principes actifs. Cela implique d’optimiser voire de développer de nouveaux procédés, les plus respectueux possible de l’environnement pour respecter l’attente des consommateurs. Parfois, cela passe par la culture des algues. Aujourd’hui, il est désormais possible de cultiver en mer, sur une seule concession, à la fois des moules, des huîtres... et également des algues. Cette ouverture des concessions a été réalisée sous l’impulsion du Céva(3) et du comité régional de conchyliculture.

« À la fin de 2013, s’est ouverte dans le sud du Finistère une concession de culture d’algues en mer de 150 ha : Algolesko. Le projet table sur une production de 500 t d’algues dès, cette année », présente Maud Benoît du Céva. Et de préciser que « les demandes de nouvelles concessions sont croissantes. »

Après la récolte, la transformation des algues sous des formes à forte valeur ajoutée s’effectue grâce aux biotechnologies marines, dites “bleues”. Les départements de R&D les poussent de plus en plus loin, innovant sans cesse pour maintenir leur position sur un marché hautement concurrentiel et changeant. Par ailleurs, certains acteurs développent aussi des cultures cellulaires pour tester l’effet sur les couches de peau, à l’instar de Codif et BiotechMarine, qui consacre ainsi 20 à 25 % de leur chiffre d’affaires à l’innovation.

Le vent en poupe

Et pour rester dans la course, y compris au niveau mondial car l’export représente en moyenne 33 % du chiffre d’affaires (et jusqu’à 90 %), les entreprises bretonnes s’attellent à trouver de nouvelles vertus cosmétiques aux algues. Au royaume cosmétique c’est bien sûr la tendance qui détermine les propriétés attendues. En ce moment les consommateurs souhaitent des produits naturels, notamment des soins anti-âge.

« Ce n’est que le début, tant des connaissances sur les algues et leurs propriétés que du recours aux procédés biotechnologiques », commente Roland Conanec, ingénieur projets chez CBB-CapBiotek Bretagne, réseau breton des biotechnologies. Ainsi, de nombreux acteurs de la filière cosmétique suivent de près le programme de recherche Investissement d’avenir Idealg (2012-2022), porté par la Station biologique de Roscoff qui étudie le génome des algues pour mieux connaître cette matière première. CBB-CapBiotek Bretagne a initié un congrès récurrent, Cosm’ing, dédié aux ingrédients cosmétiques et aux biotechnologies marines pour faire avancer les connaissances et favoriser la mise en réseau des acteurs.

Un secteur d’avenir

L’utilisation cosmétique des algues fait figure de secteur d’avenir. Preuve de cette montée en puissance, certaines entreprises, dont Algotherm, agrandissent considérablement leurs laboratoires. En parallèle, les acteurs bretons de la filière cosmétique se fédèrent notamment au sein de CapBiotek ou de l’antenne Grand Ouest de l’association de professionnels du secteur cosmétique (Cosmed).

L’engouement pour les algues

Les algues ont commencé à entrer dans la composition des produits cosmétiques grand public à partir de la fin des années 80. Mais le mouvement semble s’accélérer. Pourquoi ? Guy Danic, sociologue et président du CCSTI/Maison de la Mer Lorient, y voit trois grandes raisons. La première vient de l’évolution sociale de l’image du corps qui change selon les époques. Après le culte de la pâleur et celui du bronzage, c’est aujourd’hui un corps jeune, mince et en perpétuelles capacités de mouvements qui est plébiscité. « Et l’algue remplit tous ces critères : synonyme de santé, riche en vitamines, en acides gras mais pauvre en graisses ! Elle ne peut que faire du bien au corps. » Vient ensuite l’image nature véhiculée par la mer. Malgré les catastrophes pétrolières, elle reste associée à la pureté originelle de l’eau. Enfin, « le développement de la cosmétologie marine ne peut pas être dissocié de ce grand mouvement mondial de concentration de la population sur la bande littorale : quand on habite près de la mer, on est naturellement plus sensible aux produits qui en sont issus et on les utilise volontiers. »

Nathalie Blanc

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Michèle Le Goff

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