L’équation d’une île bretonne

323
septembre 2014
© Marcel Mochet / AFP
Installée sur “le dernier bout de caillou de France”, Algues et Mer fait partie des quatre-vingts entreprises bretonnes qui allient algues et cosmétologie.

La cosmétologie a donné un débouché pérenne et rentable à l’une des rares ressources de l’île d’Ouessant, les algues.

À Ouessant, les conditions de cultures sont rudes et les ressources rares. Sauf les algues dont la quantité est relativement abondante. Mais qu’en faire ? C’est la question que s’est posée le fondateur d’Algues et Mer au début des années 90, dont le leitmotiv était de trouver un marché pour une ressource de l’île. La filière cosmétique, qui commençait tout juste à regarder vers le large et vers les algues en particulier, lui a semblé la solution. En effet, même s’il n’y avait « qu’à se baisser pour la ramasser », comme le résume Jean-Noël Villemin, le directeur général actuel, l’abondance en algues ne suffisait pas pour une exploitation dans le secteur de l’agroalimentaire qui demande de forts volumes. Par contre, elle semblait suffisante pour la production de principes actifs en cosmétologie qui ne consomme que quelques dizaines de tonnes par an. De plus, le caractère sauvage de l’île limite le risque de pollution. Un point important car « les algues concentrent tout ce qu’elles trouvent dans la mer, à la fois les sels minéraux, les oligoéléments mais aussi les métaux », rappelle Jean-Noël Villemin.

Harpon de Neptune et Wakamé

La société récolte des algues brunes sauvages (du goémon) et cultive deux espèces, dans la baie de Lampaul : une algue rouge, le Harpon de Neptune (Asparagopsis armata), qui à l’état sauvage ne se récolte qu’en plongée en bouteille, et une algue brune, le Wakamé (Undaria pinnatifida).

Les cultures se déroulent l’hiver. Les ensemencements ont lieu à la fin de l’automne lorsqu’il y a moins d’ensoleillement. Les algues sont déposées sur des cordes immergées. Le faible ensoleillement suffit pour permettre la photosynthèse et donc leur développement. Par contre, il est insuffisant pour les algues à l’état sauvage qui peuvent se trouver dans l’eau sous forme de spores. Celles-là ne se développeront qu’aux beaux jours. Pour éviter les mélanges, la récolte des algues cultivées s’effectue donc avant.

Pour la nutrition et la pharmacie

La commercialisation sous une forme à forte valeur ajoutée (principes actifs) permet de dégager un bénéfice et constitue une voie pérenne et rentable. Algues et Mer s’est essayé en parallèle à d’autres marchés, comme celui de la nutrition et, récemment, celui des actifs pharmaceutiques(1), tout en conservant et amplifiant son savoir-faire dans le développement de principes actifs d’algues. « Nous nous efforçons de rester à la pointe de la science », commente le directeur.

Baume Tempête, le soin phare

L’entreprise ouessantine commercialise les principes actifs en tant que tels, et les intègre aussi dans sa propre gamme de soins de la peau baptisée NividiSkin. Le soin phare de la marque contient un actif anti-inflammatoire, apaisant et régénérant, extrait d’algues brunes sauvages. Ce sont des polysaccharides sulfatés, dépolymérisés en petites molécules afin qu’elles traversent les couches superficielles de l’épiderme pour stimuler les cellules basales de la peau. Ce soin est vendu sous le nom de “Baume Tempête” pour les peaux fragilisées. Du haut de ses huit salariés et depuis « le dernier bout de caillou de France », au large de la côte bretonne, Algues et Mer a su se faire une place sur un marché mondial.

Tabs

Michèle Le Goff

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER