Les algues microscopiques aussi

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septembre 2014
© Daniel Jouvance
La culture de l’espèce luminescente Pyrocystis noctiluca a demandé vingt années pour trouver le bon milieu de culture (salinité, pH, température...). La microalgue entre aujourd’hui dans deux produits commercialisés pour son effet éclat du teint.

Les microalgues contiennent aussi des molécules d’intérêt. Soliance et Daniel Jouvance en ont fait leur spécialité.

Aussi, voire plus intéressantes que les grandes, les microalgues, également appelées phytoplancton, sont des organismes unicellulaires qui existent depuis plusieurs milliards d’années. Pour s’adapter à leurs différents environnements, elles produisent en quantités plus importantes des molécules que l’on retrouve dans les macroalgues, ou bien des molécules qui leur sont spécifiques (pigments, phospho- et glycolipides, exopolysaccharides...). Les actifs de microalgues sont utilisés pour leurs propriétés cosmétiques propres ou pour stimuler l’activité d’un autre actif. Ils sont soit extraits, soit laissés dans les cellules qui sont incorporées entières dans le produit cosmétique.

Dans quelques millilitres d’eau

Les microalgues prélevées en mer sont cultivées à terre. Pour cela, chacun sa méthode. Chez Soliance (Pleumeur-Bodou - Côtes-d’Armor), les organismes unicellulaires baignent dans une eau forée en mer à 22 m de profondeur, au large de l’Île-Grande. Cette eau possède des propriétés jugées idéales, car elle s’est enrichie au contact du granit et a été filtrée par le sable. Elle est d’ailleurs elle-même commercialisée en tant qu’actif cosmétique après élimination d’une partie du sel.

À partir des cultures, l’équipe isole les espèces présentes. Même dans quelques millilitres se trouvent différentes espèces ainsi que des bactéries et du zooplancton. « Il faut alors identifier génétiquement les espèces isolées et tester leur activité par tests enzymatiques suivis de tests sur modèles cellulaires. Si le résultat est prometteur, la non-toxicité des extraits riches en composants est vérifiée avant de réaliser des tests cliniques chez l’homme. Enfin pourra débuter le travail de formulation du produit cosmétique à proprement parler », explique Anne Humeau, responsable Recherche et Développement en biotechnologies marines chez Soliance.

Système de forage et pompage de l’eau développé par Soliance pour cultiver les microalgues.
© Soliance

Rapportées du monde entier

Chez Daniel Jouvance, les microalgues sont cultivées en photobioréacteurs au sein d’un bâtiment dédié sur l’île d’Houat : l’éclosarium. Cette ancienne écloserie servait initialement à cultiver du plancton pour nourrir des homards juvéniles. Équipée, elle renferme aujourd’hui une cinquantaine de photobioréacteurs de 300 l, alimentés par une eau pompée en mer. L’intérêt est à la fois de disposer d’un volume conséquent de biomasse et de contrôler le milieu qui influence la production de molécules par les microalgues.

La société dispose par ailleurs de dizaines d’autres espèces de microalgues marines, prélevées autour de l’île, achetées dans des algothèques (comme celle de l’université de Caen), ou rapportées de missions scientifiques dans différentes parties du monde(1). Cultivées en ballons, elles sont pour l’instant dormantes, dans l’attente qu’une propriété cosmétique leur soit attribuée. Elles passeront alors au stade de la culture.

Deux fois par an une nouvelle activité ou une nouvelle microalgue d’intérêt est mise en évidence et entre dans une gamme de produits. L’équipe de R&D étudie une cinquantaine d’espèces de microalgues d’origines marines. Dix-neuf ont déjà fait l’objet de brevets.

« On travaille souvent en aveugle »

La recherche sur les microalgues n’en est qu’aux prémices. Et pour cause : 30000 espèces ont été identifiées dans le monde et la plus grande partie des molécules qu’elles produisent sont encore inconnues.

« Le plus souvent on travaille en aveugle, sur des espèces connues ou pas. Parfois on en découvre de nouvelles et de nouvelles molécules », confie Anne Humeau, chez Soliance.

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Michèle Le Goff

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