Naturel et hypertechnologique

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septembre 2014
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Codif, l’un des pionniers dans l’utilisation des algues en cosmétologie, est toujours à la pointe de l’innovation.

Jania (photo) demande trois années pour croître de un centimètre. Mais ça, c’est en mer. Dans un photobioréacteur, l’algue rouge de type Coralline grandit autant en un mois et demi !

C’est tout l’intérêt de la cultiver dans un dispositif technologique. En amont de son travail d’extraction de principes actifs, la société Codif (Saint-Malo) a fait le choix de miser sur la technologie pour la culture d’algues, hors mer. Son photobioréacteur est « un réacteur fermé dans lequel les macro- et les microalgues sont cultivées, en milieu clos, avec de la lumière et des éléments nutritifs, explique Romuald Vallée, directeur scientifique. Cela permet de cultiver des espèces impossibles à récolter dans le milieu naturel et de paramétrer tous les éléments de type climat, nutriments... pour obtenir une espèce pure dont on maîtrise la composition. »

Ils décuplent le potentiel des algues

La technologie permet aussi d’optimiser le recueil de principes actifs. Dans ce domaine Codif s’est lancé dans une approche innovante et originale : le programme Poly-Mer(1). Ne se bornant pas à extraire des principes actifs (polysaccharides, polyphénols...) présents dans les algues pour les commercialiser sous forme concentrée, la société et ses partenaires de recherche tentent d’en composer de nouveaux. Les scientifiques partent des grosses molécules polysaccharidiques produites par les algues qu’ils cassent en morceaux plus petits par hydrolyse. Ensuite, à partir de ces briques élémentaires, ils composent de nouveaux assemblages moléculaires grâce à des procédés enzymatiques. Ils cherchent des propriétés cosmétiques que les polysaccharides initiaux n’ont pas, décuplant ainsi le potentiel des algues. Depuis un an et demi, ils travaillent à la fois à optimiser la production de polysaccharides par les cellules algales, à peaufiner les étapes de craquage/ réassemblage de polysaccharides et à tester les effets des molécules obtenues sur les cultures cellulaires reconstituant les couches de la peau.

De l’eau subcritique

En parallèle de ce projet, l’équipe de Codif a recours à d’autres procédés très techniques. Dans certains états particuliers, l’eau (subcritique) et le CO2 (supercritique) peuvent agir comme des solvants naturels et ainsi éviter le recours à des solvants chimiques. « Dans un secteur très concurrentiel il faut se différencier de manière forte, commente, réaliste, Romuald Vallée. Pour notre activité, la seule façon de le faire c’est de rendre hypertechnologique notre naturel qui est marin. » Et si le naturel et le marin en particulier ont le vent en poupe, ils sont aussi déjà un peu galvaudés. « Souvent le consommateur n’a même aucun moyen de savoir en quoi et à quel point un produit est naturel, souligne-t-il encore. Chez Codif, nous avons choisi d’utiliser des substances naturelles pour transformer d’autres substances naturelles. » Utiliser de l’eau pour valoriser les ressources de la mer, il fallait y penser !

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Michèle Le Goff

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