Au plus près des fonds marins

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novembre 2014

Dans les laboratoires de recherche, des scientifiques conçoivent de nouveaux engins pour explorer les fonds océaniques.

Pour l’étude d’écosystèmes ou pour l’exploitation d’énergies renouvelables, les fonds marins sont de plus en plus convoités. Mais ils sont aussi peu connus et difficiles d’accès. Lors de la Sea Tech Week, plusieurs solutions ont été présentées pour faciliter l’accès à ces terres immergées.

Des bras en héritage

Une maquette pour commencer. Celle d’un engin intrigant : H-rov(1), avec un h pour hybride, est le résultat de recherches menées à l’Ifremer, à Toulon. « Cette innovation arrive en complément du Nautile, submersible habitable qui fonctionne sur batterie et de Victor 6000, le Rov téléopéré par un câble, situe Vincent Rigaud, responsable de l’unité systèmes sous-marins. Ces derniers peuvent plonger entre 3000 et 6000 m mais ils doivent être embarqués sur d’immenses navires hauturiers. » H-rov - l’engin n’a pas encore été baptisé - sera mis à l’eau à partir de navires côtiers cinq fois plus petits. Il pourra plonger à 2500 m et, au choix, être guidé depuis le bateau, ou suivre une route de façon complètement autonome, comme les AUV(2), petits drones sous-marins. Comme le Nautile, il est équipé d’une batterie, mais composée de lithium, plus efficace que le plomb. H-rov a, en plus, hérité du Victor ses bras articulés et ses paniers, afin de prélever des échantillons !

Relié par une fibre

« En mode téléopéré, H-rov sera relié au bateau par une fibre optique de trois millimètres de diamètre. » Contrairement au puissant câble de vingt millimètres de diamètre qui fournit l’énergie au Victor, elle ne risque pas de draguer H-rov si le bateau bouge. Les ingénieurs ont même mis au point un système qui peut tendre ou au contraire laisser dérouler la fibre, en fonction des courants, des obstacles et des mouvements du bateau. En mode autonome, l’engin pourra aller explorer des zones difficiles, comme des canyons sous-marins. « H-rov peut tenir une position fixe. Il pourra cartographier les parois verticales. » Une cartographie réalisée par les méthodes acoustiques classiques ou bien par imagerie : H-rov embarquera un appareil photo et même une caméra 3D, qu’il pourra tenir au bout de ses bras articulés. Sa première mission test est prévue pour la fin du mois de novembre, en Méditerranée.

Autre stand, autre technologie. Il est question cette fois d’aller cartographier des fonds marins peu accessibles grâce à des signaux électromagnétiques. C’est ce que propose Mappem Geophysics, une “business unit” qui émerge de l’Institut universitaire européen de la mer. « Il s’agit d’envoyer un courant électrique vers le fond, explique Jean-François d’Eu, l’un des deux porteurs du projet, et les signaux que nous captons en retour nous informent sur la résistivité du milieu, jusqu’à 100 m de profondeur. » Plus le milieu est gorgé d’eau, plus sa résistance électrique est faible, ce qui donne de bons indices sur la porosité du sol. L’avantage, c’est que le système peut approcher des fonds escarpés. « Parfois, les ondes acoustiques utilisées couramment ne peuvent pas pénétrer dans le sous-sol. Lorsqu’il y a des poches de gaz notamment, ou certains obstacles au sol. Notre “poisson” émetteur et la ligne de capteurs qui le suit peuvent alors prendre le relais. »

Cette aptitude a interpellé un industriel. « Il avait entendu parler de cette méthode et est venu nous trouver, à l’IUEM. Il n’avait pas de solutions pour déterminer des zones adaptées à l’implantation d’éoliennes en mer. » La méthode peut aussi s’appliquer à la détection d’objets, notamment des pipe-lines enfouis dans le sable, au dragage, lorsque le fond est peu profond. Aujourd’hui, la “business unit” est soutenue par la Société d’accélération du transfert de technologies Ouest Valorisation. Et ses créateurs, Jean-François d’Eu et Pascal Tarits sont encore chercheurs à l’IUEM. « Mais nous espérons créer une structure indépendante d’ici à la fin de l’année. » Avec des contrats déjà en préparation, le futur chef d’entreprise a toutes les cartes en main pour atteindre son but.

Une semaine à la mer

Du 14 au 17 octobre dernier, Brest accueillait la neuvième édition de la Sea Tech Week. Cet événement international consacré aux technologies et aux sciences marines se tient tous les deux ans. Il propose de nombreuses conférences scientifiques mais aussi un salon professionnel où, cette année, une quarantaine d’entreprises et de laboratoires de recherche présentaient leurs innovations.

Renseignements encadré : 
Rens. : www.seatechweek.org

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Céline Duguey

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