L’histoire retrouvée d’un manoir du 16e

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novembre 2014
© Elen Esnault / Inrap

Personne ne connaissait le nom de ce manoir. Excepté son toit pentu et haut, sa grande cheminée, le bâtiment ressemblait à une ferme du 19e siècle.

Par malchance, il se trouvait sur le tracé de la LGV, à Vassé, à 15 km de Vitré : il a donc été détruit. Mais avant de disparaître, il a été entièrement fouillé et démonté par les archéologues de l’Inrap au printemps 2013 (photo). Sur les trois niveaux du manoir (70 m² chacun), ils ont enlevé les doublages, les faux plafonds et des sols récents, pour retrouver les éléments d’origine. Ils ont gratté et piqueté tous les murs, de haut en bas, à l’extérieur et à l’intérieur. Ils ont sondé les sols extérieurs (2000 m² au total) pour retrouver les limites de la propriété, les anciens accès et les bâtiments annexes. Et l’histoire du manoir a pu être reconstituée.

Grâce à la dendrochronologie, qui permet notamment de dater des poutres, à partir de l’analyse des cernes du bois, l’année de la construction du manoir est maintenant connue : 1520. « Nous avons identifié le propriétaire, à partir de l’écusson au-dessus de la fenêtre de la façade principale, explique Elen Esnault, l’archéologue responsable de l’opération. L’écusson, avec un mât, est celui d’un marchand toilier, Gilles de la Massonnaye. Ce négociant transportait des toiles de chanvre, depuis les ports de Saint-Malo vers les Pays-Bas et l’Espagne. Il appartenait à une confrérie très importante(1) au 16e siècle, à l’origine de la richesse de Vitré à cette époque. »

Exploitation agricole et lieu de sorcellerie

Dans ce manoir breton à l’architecture typique, intégrant tout le standing de l’époque (salles basse et haute, évier en pierre, latrines), le Vitréen Gilles de la Massonnaye faisait montre de sa fortune. C’était la résidence secondaire de ce riche bourgeois, dans sa campagne natale. Au 18e siècle, elle est transformée en exploitation agricole. Les archéologues ont aussi retrouvé des éléments contemporains : des vierges du 19e, des canifs du 20e siècle. Cachés dans la cheminée, des éléments non datés ont été utilisés pour des cérémonies de sorcellerie : un bâton de souffre, de la cire sur un fil, une boucle de bronze... Cette symbolique conjurait le mauvais sort et protégeait la famille occupant les lieux. Les derniers habitants ont été expropriés pour le passage de la ligne. Après la destruction du manoir, la charpente et les ouvertures ont été conservées par une association pour être valorisées.

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Nicolas Guillas

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