Sous la voie, l’histoire défile

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novembre 2014
Vue aérienne (2013) d’une partie d’une ferme gauloise et de parcelles agricoles associées, mises au jour sur 37000 m² sur le site de la Claraiserie à Ossé, en Ille-et-Vilaine. Ci-dessous, biface trouvé sur le site de Château-Gaillard, à Fontenay-sur-Vègre, dans la Sarthe et daté du paléolithique récent (entre 100000 et 40000 ans).
© Joseph Le Gall / Inrap © Hervé Paitier / Inrap

Des indices d’occupation humaine de toutes les époques ont été découverts sur l’emplacement de la future voie ferrée.

Tout a commencé par des dizaines de milliers de trous dans le sol. Le long du tracé, les archéologues ont creusé des tranchées de 3 m de large, longues jusqu’à 60 m. En 2009, ces trous étaient les premières marques visibles de l’arrivée de la ligne dans le paysage rural de l’Ouest. Excepté en zone boisée, l’ensemble des terrains touchés par la LGV, en Bretagne et dans les Pays de la Loire, a ainsi été diagnostiqué. L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a remporté la majorité des appels d’offres pour ces fouilles.

« Ce diagnostic systématique a été exceptionnel, autant en termes de ressources déployées que d’organisation, en collaboration avec RFF(1) et Eiffage, explique l’archéologue Michel Baillieu, responsable de la région Bretagne, à l’Inrap. Une centaine d’archéologues ont été mobilisés, représentant 22000 journées de recherches et d’études, pendant quatre ans. » En Bretagne, le Service régional de l’archéologie (SRA) avait prescrit quatre zones à fouiller, représentant chacune 60 ha, le long du tracé.

L’homme de Néandertal

En enlevant environ 7 % de la surface du sol, pour creuser la terre végétale accumulée sur 60 cm d’épaisseur en moyenne, les archéologues ont découvert des traces de vie humaine, de toutes les époques. Au fur et à mesure des résultats des sondages, l’État et la Commission interrégionale de la recherche archéologique (Cira Ouest) ont sélectionné les sites qui méritaient d’être explorés plus largement : quinze fouilles ont alors été conduites en Bretagne et trente en Pays de la Loire, en majorité par l’Inrap. Les dernières études seront terminées en 2015.

La première fouille a démarré en 2011. Le site le plus ancien découvert se situe dans la Sarthe : l’homme de Néandertal y taillait des silex, il y a 60000 ans (photo). Des traces aussi anciennes n’ont pas été retrouvées ailleurs. « La rareté des découvertes pour cette époque n’est pas représentative de l’occupation humaine au paléolithique, précise Michel Baillieu. Nos méthodes de diagnostic ne sont pas optimisées pour détecter ces sites, très enfouis et souvent en fond de vallée. » Le néolithique est mieux représenté, avec trois sites. Douze sites de l’âge des métaux (de 2200 à 52 avant notre ère) ont été fouillés, notamment un habitat gaulois à Ossé en Ille-et-Vilaine (photo). À Cesson-Sévigné, près de Rennes, une perle bleue de l’âge du bronze, minuscule et magnifique, rappelle l’existence des échanges commerciaux avec la péninsule italienne à cette époque.

Des restes de l’Antiquité ont émergé dans douze sites gallo-romains : grande construction de 500 m2, fours pour fondre le fer ou fabriquer de la chaux, temple, tombe aristocratique romaine, céramique domestique du 1er siècle... Le Moyen Âge et l’époque moderne sont aussi remontés à la surface, depuis les petites collines (mottes castrales) où vivaient des seigneurs avant le 14e siècle, jusqu’aux manoirs du 16e siècle. Au-delà de ces exemples, cette immense moisson de résultats permettra de renouveler les connaissances sur l’histoire des régions traversées.

Une cartographie par grandes périodes

« Les tracés linéaires de 40 à 60 m de large, de type autoroute ou LGV, apportent une vision complémentaire aux opérations en archéologie préventive menées dans les zones d’activité commerciale et les lotissements, poursuit Michel Baillieu. Ils donnent une vision statistique de l’occupation du territoire. Ce type de tracé ne permet de découvrir, en général, qu’une partie des sites archéologiques. Mais nous pouvons mesurer la densité de l’occupation humaine, pour en obtenir une cartographie, par grandes périodes. On sait maintenant, par exemple, que la densité des fermes à l’époque gauloise est identique à celle d’aujourd’hui. » Cette approche statistique est possible car ce coin de la planète est habité depuis longtemps, en continu : il y a en moyenne un indice d’occupation humaine tous les 800 m.

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Nicolas Guillas

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