Le métier de chercheur n’était pas du tout une vocation.

Portrait

N° 325 - Publié le 4 novembre 2014
© DR
L'épreuve par 7
Nathalie Hervé-Fournereau

Chercheuse en droit de l’environnement(1)

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

Enfant, plusieurs passions m’animaient : je m’imaginais vétérinaire, historienne ou anthropologue. Enfin, l’attrait pour l’enseignement transmis par mon instituteur de CE1. Je me suis retrouvée sur les bancs de la faculté de droit à contrecœur..., jusqu’au jour où j’ai découvert avec le professeur Jean Raux(2) combien le droit pouvait être vivant et dynamique.

Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

Une liberté de la recherche et l’importance du travail d’équipe. Mais aussi la nécessité de démontrer inlassablement la légitimité de la recherche en droit de l’environnement. Dès mon entrée au CNRS, j’ai cherché à tisser la trame de recherches communes(3), en particulier avec les chercheurs de l’Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes (Osur) qui, j’espère, ne perçoivent plus le droit comme un simple accessoire.

Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, car le métier de chercheur en droit n’était pas du tout une vocation. Je l’ai découvert au hasard des rencontres. Celle avec Jean Raux bien sûr et aussi Ludwig Krämer(4) ; je pense aussi au jour où j’ai envoyé, à tout hasard, ma demande d’allocation doctorale…

Qu’avez-vous perdu ?

Du temps pour mes proches. Pris aux pièges de sa curiosité, le chercheur devient son propre ennemi. Mais aussi du temps pour la recherche. Aujourd’hui, on multiplie les réunions et les montages de projets en urgence. Il faudrait presque demander un détachement pour ne faire QUE de la recherche !

Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. La maxime de Rabelais doit guider tous les chercheurs. Ils ne peuvent ignorer l’impact sur la société de leurs découvertes et de leurs applications. L’insuffisance des connaissances justifie cette éthique de la recherche et confère un rôle au droit à l’image des lois bioéthiques.

Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

La Pensine de Dumbledore dans Harry Potter, c’est-à-dire un système qui permettrait de nous débarrasser des souvenirs et des pensées qui emprisonnent l’esprit et la créativité. Sinon, bien sûr, des solutions pour assurer la soutenabilité de la planète.

Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

L’opposition classique rationnel/irrationnel n’est pas satisfaisante. Je pense que la rationalité n’est pas le seul mode d’appréhension et de compréhension de la réalité. Si elle constitue l’essence de la recherche, elle interagit avec l’intuition et l’émotion.

S’est échappée d’un colloque sur le droit de l’environnement pour être interviewée par Nathalie Blanc

(1)Au laboratoire Iode (Institut de l’Ouest : droit et Europe), UMR 6262 CNRS - équipe Cedre - Université de Rennes 1. (2)Fondateur du Centre de recherches européennes de Rennes (Cedre) et du Centre d’excellence Jean Monnet de Rennes. Il est disparu en décembre 2013. (3)Réseau thématique pluridisciplinaire BIODISCEE INEE CNRS. http://biodiscee. univ-rennes1.fr. (4)Ancien fonctionnaire de la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne.

TOUS LES PORTRAITS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest