Ce n’est pas qu’un laboratoire

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décembre 2014
Regarder la mer assis sur le pont avant fait partie de moments de détente préférés des chercheurs et des marins.
© Christoph Plum

Le temps de la campagne, le Pourquoi pas ? est un village, où sont assurés le gîte, le couvert et aussi la détente.

Le Pourquoi pas ? est un des plus gros navires de recherche de la flotte océanographique française. Long de 107 m, il pèse 6600 t et offre plus de 950 m² de locaux scientifiques. Plus qu’un gigantesque laboratoire, c’est un véritable village autonome concentré sur neuf étages que l’on appelle des ponts dans le jargon marin. Il doit faire vivre soixante-douze personnes pendant dix-neuf jours.

Home sweet home

Le restaurant du Pourquoi pas ?, situé au pont n° 4, est au cœur de la vie quotidienne. Assurés par une équipe de cuisine, un maître d’hôtel et son second, les repas sont les seules occasions où tous se rassemblent. « Ces moments privilégiés d’échanges et de rires sont importants car ils permettent de lâcher la pression, dit Pierre-Marie Sarradin. Mais ça ne suffit pas. Le sommeil est aussi très précieux ! » Quelques heures par-ci par-là, les marins et scientifiques dorment à l’hôtel entretenu par le “nettoyeur”, aux ponts nos 5 et 6. Les cabines de couchage sont spacieuses comparées aux couchettes des voiliers habitables. Deux lits superposés, une grande armoire, un grand bureau et une salle de bain privative avec l’eau courante, produite sur place à partir de l’eau de mer : « Elle est filtrée, dessalée, minéralisée et chlorée pour obtenir l’eau sanitaire », explique Fanny Darchen, officier mécanicien. Celle-ci travaille au pont n° 1 qui comporte notamment une petite paillasse de chimie : « Toutes les semaines, la qualité de l’eau est vérifiée selon plusieurs paramètres : acidité, chlore, turbidité, dureté... » C’est aussi au pont n° 1 que se trouvent les moteurs du bateau dont les quatre autres mécaniciens (le chef, son second, le maître et l’ouvrier) sont responsables.

Un repère au milieu de l’océan

Sur le pont arrière, le bosco dirige le chef de bordée et les matelots. Les huit marins travaillent main dans la main avec les scientifiques pour mener à bien le programme de recherche. Toutes les quatre heures, un roulement des équipes scientifiques permet à chacun de s’imposer du temps pour soi, primordial pour supporter le rythme effréné de la campagne. Au fil des jours, chacun se forge ses petites habitudes. Certains prennent un bain de soleil, sur le pont avant, avec un bon bouquin, d’autres vont au cinéma, d’autres encore papotent à la cafet’ autour d’un casse-croûte ou improvisent quelques notes de guitare à la bibliothèque. Sans oublier la séance de sport quotidienne, sur le rameur ou le vélo d’appartement du pont n° 2, particulièrement appréciable (et presque indispensable) puisque les sorties à plus de 100 m à la ronde sont impossibles.

Rapidement, un lien fort se crée avec le navire. À la fois lieu de travail et de détente, il répond en plus aux besoins fondamentaux et devient ainsi un repère rassurant au milieu de l’océan. Après trois semaines en mer, marins et scientifiques quittent le village Pourquoi pas ? pour retrouver la terre ferme. Les premières sensations sont surprenantes : le sol semble bouger au rythme des vagues. Mais rapidement, la vie reprend son cours... jusqu’à la prochaine campagne !

Klervi l’Hostis

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