Une expérience avortée

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décembre 2014
Connectée à la boite déportée en arrière-plan, le module de colonisation est caché sous la poussière, au premier plan. Cet appareil de microbiologie fait partie de l'observatoire permanent. Il est relié à la station Seamon Est.
© Rov Victor 6000 - Momarsat 2014 / Ifremer/ Cnrs

Installé en 2013 par les microbiologistes, l’appareil est retrouvé sous la poussière. Le bilan est mitigé.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet dernier, le robot Victor6000 avance à tâtons au fond de la mer. Il est à la recherche d’un instrument immergé pour la première fois en 2013 par les microbiologistes de Momarsat. « Cet appareil, qu’on appelle Cisics(1), nous permet d’identifier les microorganismes qui colonisent le basalte, une roche volcanique présente en abondance sur le champ Lucky Strike », explique Céline Rommevaux, chercheuse au CNRS. Il avait été installé au sommet d’une cheminée, là où des fumeurs s’échappent. Mais un an après, Cisics est introuvable. Rien sur les écrans de la cabine de pilotage. La chercheuse aperçoit finalement un morceau de câble. Ni une ni deux, Victor6000 actionne ses pinces et tire... Le colonisateur apparaît ! « Il était tombé au pied de la cheminée, enfoui sous une bonne quantité de poussière, raconte Céline Rommevaux, car le fluide hydrothermal est composé d’éléments qui précipitent au contact de l’eau de mer et s’accumulent sur le sol océanique. »

Un environnement peu confortable

Il faut dire que l’environnement dans lequel était placé Cisics n’est pas des plus confortables. « Les fumeurs peuvent atteindre 350 °C mais il n’y a pas de vie au-delà de 121 °C. On s’est donc arrangés pour que le colonisateur soit placé dans un gradient situé entre 70 et 150 °C. » Il comprend douze tubes en verre remplis de substrat basaltique naturel ou synthétique. Six d’entre eux intègrent un système de filtration qui empêche les micro-organismes de passer. Ils servent de témoins. Les six autres sont biotiques : ils laissent la possibilité aux bactéries de coloniser le substrat basaltique. Le module de colonisation, dans lequel les fluides circulent librement, est relié à une boîte déportée à quelques mètres de lui, où l’eau de mer est à 4 °C. Il renferme des poches de prélèvement de fluide ainsi que toute l’électronique nécessaire au fonctionnement de l’appareil. « Normalement, le fluide est pompé automatiquement tous les deux mois. Connaître sa composition permet de définir l’environnement dans lequel se développent les microorganismes », précise la chercheuse.

Le module est tombé

Une fois Cisics remonté à bord du Pourquoi pas ?, les microbiologistes font rapidement le bilan. Le module de colonisation est calciné. « Les courbes de température enregistrées dans l’appareil montrent qu’au 20e jour, la température maximale est montée à 265 °C puis a chuté, ce qui correspond au moment où le module est tombé. » À l’intérieur, sept tubes sont cassés. La membrane de filtration sur les tubes abiotiques a fondu. Il reste donc cinq tubes biotiques. « Quand la température a baissé, les bactéries ont pu coloniser le basalte, ajoute la doctorante Pauline Henri, du CNRS. On a donc quand même réussi à extraire des séquences d’ADN bactérien. Pour les identifier, on les compare aux séquences déposées dans les banques de données. » Les chercheurs ont ainsi constaté que dans cet environnement hydrothermal, les bactéries dominantes sont impliquées dans le cycle du soufre, c’est-à-dire qu’elles l’oxydent ou le réduisent.

Dans la boîte déportée située à quelques mètres du module de colonisation, les poches ne contiennent aucun fluide : le prélèvement n’a pas fonctionné. « Un fixateur injecté automatiquement après le pompage limite le développement de bactéries dans les poches. Il est efficace mais difficile à mettre au point. Pour le stabiliser, on le sature en sel. Mais l’eau de mer est à 4 °C et le sel a tendance à se cristalliser. Il est possible qu’il ait bouché les tuyaux et empêché le pompage du fluide. »

Des résultats prometteurs pour 2015

 « Le bilan de l’expérience est mitigé, résume Céline Rommevaux, mais ça fait partie des aléas des campagnes. Vu les conditions qui règnent dans les profondeurs marines, il est courant qu’un prototype ne réponde pas à nos attentes dès sa première immersion. » Mais rien n’arrête l’équipe de microbiologistes. User du système D à bord du Pourquoi pas ? pour régler des problèmes imprévisibles fait partie de leur quotidien. « On a tenté d’améliorer l’instrument avec les moyens du bord avant sa remise à l’eau à la fin de la campagne. Les tubes sont mieux attachés dans le colonisateur et on a modifié le fixateur pour éviter sa cristallisation. » Les chercheurs sont impatients de retrouver Cisics en 2015. « Nous avons déjà de bonnes nouvelles, assure Céline Rommevaux, quatre mois après la campagne. L’appareil nous envoie bien des températures via la bouée de surface et on sait aussi qu’il réalise ses prélèvements de fluide. » On croise les doigts.

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