Dialogue entre sol et climat

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mars 2015
Les paysages bocagers comme ceux de la Zone atelier Armorique pourraient bien résister au changement climatique.
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L’affectation des sols et des paysages joue sur les effets du changement climatique. Les agronomes s’y intéressent.

Parce qu’il peut stocker plus ou moins de carbone, le sol a un rôle non négligeable à jouer sur l’évolution du climat dans les prochaines décennies. À l’inverse, en tant que ressource, il peut également être touché par ce changement climatique. Tout dépendra surtout de la façon dont on le gère. C’est ce qu’il ressort du projet Landsoil(1), coordonné par Christian Walter, agronome à Agrocampus Ouest (Rennes)(2), qui s’est terminé à la fin de 2013. « Nous avons travaillé sur trois types de pratiques et donc de paysages différents : la polyculture élevage en Bretagne, sur la Zone atelier Armorique, la céréaliculture intensive dans le Centre, près de Tours, et les sols méditerranéens et viticoles dans le Languedoc. » Pour chacun, les chercheurs ont échafaudé différents scénarios d’usages, allant d’un extrême à un autre. « Pour la zone bretonne, les extrêmes consistaient à tout mettre en prairie, ce qui est peu probable, ou, à l’inverse, tout passer en culture ! » Actuellement les prairies représentent 32 % des terres arables, les cultures 38 %(3).

L’usage plus fort que le climat

Dans leur logiciel de modélisation, les chercheurs pouvaient maîtriser la topographie fine : haies, fossés, talus, petites cuvettes... sur des paysages entiers. Et leur faire subir, d’aujourd’hui à 2100, les assauts du temps et du climat. « Un climat semblable au présent d’un côté, suivant les scénarios de changement climatique de l’autre. Ces derniers prédisent, par exemple, en Bretagne des pluies plus fortes et des événements extrêmes plus fréquents. » Et le résultat est net : les changements d’usage et d’occupation des sols - c’est-à-dire le type de culture et l’organisation du paysage - ont finalement plus de conséquences sur l’érosion, les processus de dépôt de matière organique, le stockage de carbone..., que le seul changement climatique !

Les prairies résistent

« Il existe aussi des paysages résilients, qui résistent plutôt bien à une évolution climatique. Par exemple, la Zone atelier Armorique, paysage bocager avec une bonne densité de haies, n’est pas optimale mais pas loin. Par contre, nos modélisations montrent qu’il serait beaucoup plus facile de la dégrader que d’atteindre cet optimum, si proche soit-il ! » Les haies sont des obstacles notamment à l’écoulement intensif de l’eau, et évitent l’érosion des sols. Les paysages ouverts, les sols nus au contraire se montrent très sensibles. « En Bretagne, si toutes les terres agricoles redeviennent prairies, il n’y a presque pas d’érosion ! C’est le contraire si les cultures s’étendent, notamment en période d’intercultures ou juste après les semis. »

Cibler les meilleures associations

D’autres facteurs sont néanmoins déterminants : la quantité de matière organique retournée au sol. « Aujourd’hui, la paille est souvent revendue pour produire des biocarburants ou compostée. Mais si on fournit moins de matière organique à la terre, elle devient plus sensible à l’érosion, moins stable. » L’évolution de la microbiologie du sol est par ailleurs étudiée dans le projet Mosaic(4), qui fait suite à Landsoil. Les chercheurs espèrent poursuivre ces travaux dans les années à venir. Ces recherches pourraient permettre de cibler des associations entre systèmes de production et paysages pour accueillir le changement climatique dans les meilleures conditions.

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Céline Duguey

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