Approcher l’autisme par affinité

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avril 2015
La prise en charge de l'autisme est l'objet de débats en France, comme le montre cette réaction d'une mère en 2014. La tenue du colloque à Rennes a suscité quelques réactions sur le web.
© Afp / Pascal Pavani

Début mars, à Rennes, un colloque sur l’autisme abordait une approche qui s’appuie sur les obsessions.

Ca peut-être un bout de ficelle, la lumière, ou même de l’eau. Pour Ron Suskind, journaliste américain reconnu, l’obsession autistique de son fils, ce qu’il a nommé son “affinité”, s’est focalisée sur les dessins animés de Walt Disney. Père et fils (aujourd’hui âgé de 23 ans) étaient les invités d’honneur du colloque consacré à l’Affinity Therapy qui s’est tenu à l’Université Rennes 2 les 5 et 6 mars derniers. « L’invention de Ron Suskind a permis de nommer ce qui était déjà théorisé depuis de nombreuses années en psychopathologie, explique Myriam Perrin, chercheuse rennaise, responsable du Groupe de recherche sur l’autisme(1) (GRA) et organisatrice du colloque. Lorsqu’on accompagne l’enfant par le prisme de sa passion, cela l’aide à sortir de sa solitude et ouvre la voie vers le lien social. »

Une source d’angoisse

Quatre chercheurs du GRA sont partis une semaine dans le Centre thérapeutique et de recherche Nonette, à Clermont-Ferrand, pour une étude novatrice : traduire ce constat issu d’années de pratique en chiffres. « Sur les vingt-sept autistes présents dans ce centre, tous avaient une obsession autistique », le plus souvent un objet. L’autre constat marquant est que, pour tous ceux qui présentaient des troubles sévères du comportement : automutilation, passages à l’acte violents..., ces comportements disparaissaient dès lors qu’on acceptait et qu’on accompagnait leurs obsessions, leurs inventions. « Priver les autistes de ces objets est une source d’angoisse immense. »

Une singularité primordiale

« Ce traitement statistique est complexe, car il va à l’encontre de la singularité propre à notre approche. Je ne voulais pas que l’universalité du chiffre nous fasse perdre notre éthique. » De plus, l’évaluation des bienfaits n’était pas une priorité pour ces chercheurs qui ne considèrent pas l’autisme comme un déficit, mais comme un fonctionnement psychique spécifique. « Nous ne cherchons pas à faire sortir un enfant ou un adolescent de son autisme mais à apaiser son approche au monde, à l’ouvrir au lien social et aux apprentissages. »

Pour se faire entendre

« Mes recherches à l’Université Rennes 2 veulent faire entendre combien l’appui sur l’intérêt spécifique a des effets thérapeutiques, ajoute Myriam Perrin. Nous espérons, avec mon collègue Jean-Claude Maleval, que les choses bougent, politiquement. » Et amener le débat hors du champ de bataille entre les approches comportementales (qui visent notamment à remplacer un comportement inadéquat par un autre plus adéquat du point de vue de la société, par exemple la méthode ABA(2)), et thérapeutiques. « Pour aider les parents aussi. Car il faut beaucoup de courage pour accepter d’accompagner son enfant dans son intérêt spécifique, lorsque tout le monde vous dit qu’il faut l’en séparer ! » La chercheuse aimerait poursuivre son travail statistique, mais il n’est pas simple de trouver les établissements qui suivent cette voie. Même si les choses changent. Aux États-Unis, la sortie du livre de Ron Suskind en avril 2014 a fait beaucoup de bruit. Mais aussi en France. La tenue de ce premier colloque international sur l’Affinity Therapy prend part à ce mouvement.

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Céline Duguey

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