Le Grand murin breton captive les chercheurs

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juin 2015
Le Grand murin est l'une des plus grandes chauves-souris présente en France.
© Yann Le Bris

L’association Bretagne Vivante mène un suivi inédit des populations de chauves-souris, pour mieux les protéger.

Avec ses 40 cm d’envergure pour 30 g, le Grand murin fait partie des grandes, dans la famille des chauves-souris. Ce mammifère au pelage clair est présent dans toute l’Europe. Et il y est partout protégé, car ses effectifs sont, de façon générale, en mauvais état. « En Bretagne, on recense environ 1500 femelles, ce qui est très peu. Même si les effectifs tendent à remonter, les politiques agricoles d’après-guerre ont fait beaucoup de dégâts », explique Éric Petit, chercheur à Agrocampus Ouest et grand connaisseur de l’animal(1).

Localiser les colonies

« Le Grand murin est l’une des six espèces d’enjeu européen, complète Arnaud Le Houédec, chargé de mission dans l’association Bretagne Vivante. Outre la protection classique : interdiction de le chasser, de le déplacer, de détruire ses habitats, il fait l’objet d’un suivi renforcé. »

Depuis 2010, Bretagne Vivante a mis en place un protocole spécifique sur les populations du Morbihan, dans le cadre d’un programme nature du Conseil régional(2). Pendant plusieurs mois, les naturalistes ont passé le département au peigne fin. Bunkers, anciennes mines, souterrains... « Ce sont les endroits où le Grand murin peut s’installer pour hiberner. L’essentiel au début était de localiser les colonies. » En été, les femelles préfèrent les combles des châteaux ou des églises, spacieux et chauffés par le soleil, pour mettre bas et élever les jeunes.

Un grain de riz sur le dos

« Ah tiens, voilà un petit nouveau ! » Chaque année en juillet, les bénévoles de l’association consacrent une de leurs soirées au marquage des Grands murins. « Cinq colonies sont suivies depuis 2010, explique Éric Petit, qui participe aussi à ces opérations. Nous identifions chaque animal à l’aide d’un transpondeur, un petit dispositif de la taille d’un grain de riz, que l’on vient glisser sous la peau, entre les omoplates de la bête. » « On ne peut pas faire ça sur des chauves-souris plus petites, ajoute Arnaud Le Houédec, c’est ce qui a guidé notre choix du Grand murin pour l’étude. » Aujour-

d’hui, plus de 1500 individus sont équipés. Ce suivi individualisé est une mine d’or pour les spécialistes. Pour preuve, des chercheurs irlandais se sont associés au projet. Ils s’intéressent aux secrets de la longévité des chauves-souris (lire encadré). Car malgré son format miniature, cet animal peut battre des records : 42 ans pour le tenant du titre ! Le Grand murin vit en moyenne 4 à 5 ans, alors qu’une musaraigne, qui joue dans la même catégorie, ne voit généralement qu’un hiver. Plus localement, le marquage permet de cartographier les déplacements. « Nous pouvons savoir quand les animaux entrent et sortent de leur colonie, ou s’ils vont visiter la colonie d’à côté. » Les greniers occupés sont équipés d’antennes passives qui enregistrent chaque passage. « Nous organisons aussi des captures sur les zones de chasse. Nous avons ainsi pu déterminer que chaque colonie avait son propre terrain de chasse, dans un rayon de 15 km au maximum. »

Pour une protection efficace

À l’automne, lorsqu’il s’agit de trouver un partenaire sexuel, les Grands murins parcourent jusqu’à 42 km pour rejoindre les sites de rencontre et d’accouplement. Les zones d’hibernation sont également communes. Mais au printemps, chaque femelle retourne chez elle ! Les mâles eux, ne sont que de passage.

« Ces informations sont déterminantes pour créer des programmes de protection efficaces. Aujourd’hui, nous avons des arguments locaux pour montrer qu’il est nécessaire de protéger chaque terrain de chasse, par exemple. » En espérant que ces résultats profitent aux vingt-deux espèces de chauves-souris présentes en Bretagne.

L’art de vieillir inscrit dans les gènes

En Irlande, à Dublin, l’équipe d’Emma Teeling s’est associée à Bretagne Vivante pour bénéficier du suivi de la population de Grands murins, et étudier sa longévité exceptionnelle. « L’avantage avec le marquage annuel, c’est que nous connaissons l’âge de chaque individu, explique Éric Petit, chercheur à Agrocampus. Un mois par an, les Irlandais viennent prélever quelques microlitres de sang sur les animaux identifiés. Différentes pistes génétiques sont examinées comme la longueur des télomères, ces portions d’ADN qui protègent l’extrémité des chromosomes. Chez l’homme, elles s’érodent avec l’âge. L’expression même des gènes semble moins bien régulée à mesure que l’on vieillit. Les chercheurs étudient aussi la capacité à réparer l’ADN, plus ou moins performante selon les espèces. Chez les mammifères, elle fait intervenir un gène mis en cause chez la femme dans les cancers du sein. « Le premier résultat est déjà d’avoir mis au point des méthodes qui fonctionnent sur des échantillons sanguins aussi petits ! »

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Céline Duguey

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