Qui sont les botanistes ?

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juin 2015
Capables de nommer les végétaux, les botanistes sont de véritables interprètes de la nature.
© Thomas Bousquet / CBN Brest

Écologue et ethnologue, la Brestoise Sylvie Magnanon a écrit un livre sur les passionnés de botanique.

Qu’on les imagine en explorateurs voguant sur les océans à la recherche d’une plante perdue, ou en rats de muséum classant des herbiers à longueur de journée, les botanistes ont souvent, dans l’imaginaire collectif, une image stéréotypée assez lointaine de la réalité. « Du gentil naïf au moine herboriste, j’ai recensé différents portraits en interrogeant des non-initiés, explique Sylvie Magnanon, directrice scientifique des actions régionales au Conservatoire botanique national de Brest. Les botanistes ne s’y reconnaissent pas ! » Celle qui côtoie ces spécialistes depuis près de trente ans est elle-même passionnée. Formée à l’ethnologie, elle a voulu prendre de la distance, et porter un regard extérieur sur ce qui caractérise ces amoureux des plantes.

Être dehors à tout prix

« Ce sont tous des passionnés, des gens qui sont tombés dedans quand ils étaient petits, ou à l’adolescence. Souvent, leur curiosité ne s’arrête pas aux plantes, mais concerne la nature en général. » Sylvie Magnanon s’est entretenue avec des professionnels comme des amateurs, entre 27 et 93 ans. « Ils partagent aussi une relation particulière au travail et un certain goût du jeu, car c’est une activité singulière, qui nécessite de l’observation minutieuse mais aussi l’apprentissage d’un vocabulaire d’apparence complexe. » Il faut également vouloir passer des heures dehors, parfois en dépit de conditions climatiques peu engageantes. « Pour certains, être à l’extérieur est une nécessité. »

Nommer et respecter

L’ethnologue qualifie les botanistes de passeurs, d’interprètes de la nature. « Ils considèrent la nature comme un héritage. Ils ont en commun un vrai respect des êtres vivants non humains. » Un respect qui vient en partie de la nature même de l’activité du botaniste : pouvoir reconnaître et nommer les végétaux. « Or, quand on nomme, on considère aussi. Là où le public ne perçoit qu’une verdure anonyme, les botanistes voient la diversité du monde vivant et des populations végétales qui le constituent. » Ces spécialistes retracent aussi, à travers les espèces qu’ils identifient, l’histoire “végétale” des lieux. « Au-delà de la simple identification, la botanique rejoint l’écologie, la phytosociologie, pour comprendre comment s’organisent les plantes pour former un paysage. »

Pour compléter son propos, l’ethnologue s’est aussi plongée dans de nombreux ouvrages, écrits par des botanistes notamment, pour retranscrire leur manière de voir le monde, et le rôle qu’ils tiennent dans notre société.

Des approches parallèles

« Finalement le travail de l’ethnologue se rapproche de celui du botaniste ou de l’écologue qui observent le fonctionnement des plantes dans leurs écosystèmes. Dans ma recherche, j’ai regardé les relations entre les botanistes et leur environnement. » De ce travail, elle a fait un livre(1), sorti en mars, qui esquisse les contours de cette communauté.

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Céline Duguey

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