Un avion à l’université

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juillet 2015
© DR

Entre le drone et le satellite, l'avion permet aux chercheurs de Rennes d'acquérir des images en toute autonomie.

Il est arrivé mi-janvier. Ce nouveau plateau technique (1) de l’Institut d’électronique et de télécommunications de Rennes (IETR) ne peut pas être stocké à l’université. Les chercheurs lui ont donc trouvé un hébergement à... Saint-Jacques-de-la-Lande au sein de l’Acriv(2), car il s’agit bien d’un avion ! « Nous sommes le premier laboratoire académique européen à en avoir un », annonce fièrement Éric Pottier, le directeur de l’IETR, initiateur du projet au début des années 2000.

Mais il ne s’agit en rien d’un caprice. L’engin, choisi pour le coffre placé sous son ventre, va pouvoir embarquer à son bord du matériel et notamment les radars polarimétriques sur lesquels Éric Pottier travaille depuis plus de vingt ans(3). Depuis les années 90, ces radars sont embarqués dans des satellites et permettent de détecter des éléments invisibles en imagerie optique comme différents états de la neige, ou des bâtiments et des villes enfouis sous le sable... sur des surfaces de l’ordre de 50 km2. Mais les satellites ont une limite : leur fréquence de passage. Si l’on veut refaire le même cliché, il faut attendre entre 20 et 24 jours. « Il n’est pas question d’abandonner le satellite, reprend Éric Pottier. Mais l’avion est un complément qui est très utile pour cibler des endroits précis en toute autonomie et repasser autant de fois que l’on veut sur le même site. »

L’appareil a effectué ses premiers vols autour de Rennes il y a quelques semaines pour des tests de calibrage, grâce à un ingénieur de l’IETR qui est aussi un pilote averti, tandis que les chercheurs travaillent sur la miniaturisation des radars. Ceux-ci doivent rentrer dans le coffre de l’avion, ne pas dépasser 60 kg et aussi intégrer un système de stabilisation lors de l’acquisition des images. Car un avion de cette taille bouge beaucoup ! Ces adaptations nécessitent encore quelques mois de travail et la prise de clichés devrait commencer en 2016.

En attendant, le carnet de vol de l’appareil se remplit. En plus des nombreuses applications de l’imagerie polarimétrique, Éric Pottier prévoit une ouverture très large de l’utilisation de l’appareil. « Nous allons tester des matériaux conçus par une autre équipe de l’IETR et qui intègrent des antennes. Et je suis en contact avec des biologistes et des chimistes qui souhaitent réaliser des mesures de gaz et de particules à différentes altitudes. Cet avion est un moyen expérimental qui permet de vérifier des principes de recherche dans plein de domaines. » Et chaque équipe aura un coffre adapté à ses appareils de mesure, qu’il suffira de fixer sous l’avion avant de décoller.

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