Des communications enrichies

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juillet 2015
© Espace des sciences
Pour communiquer à distance, la voix est le vecteur le plus utilisé et le plus chargé d'émotion. Désormais, elle s'allie à d'autres technologies (Web, partage de documents...) pour des intéractions enrichies.

Des ingénieurs d’Orange Labs ont mis au point une application qui allie voix, vidéo et partage de documents.

Décrocher son téléphone, quoi de plus simple ! En quelques secondes, voire moins, il est possible de parler en temps réel avec n’importe qui, à l’autre bout du monde. Mais qu’aujourd’hui, avec les smartphones qui prennent des photos, des vidéos, donnent accès à Internet : les utilisateurs veulent partager plus que leur voix. C’est l’objectif du projet Shomi, développé par les ingénieurs d’Orange Labs à Lannion. « C’est une application, explique Jean-Michel Portugal, responsable d’un service de recherche chez Orange. À la différence d’un appel classique, qui emprunte un réseau dédié au transport de la voix, elle utilise le réseau Internet général. Comme Skype, l’ancêtre de ces logiciels. » La nouveauté de Shomi, c’est que cette application peut fonctionner de façon synchronisée sur plusieurs terminaux, à distance : en plus de votre voix, vous pouvez partager, et modifier des documents en temps réel. « Si vous voulez choisir un cadeau pour votre enfant avec sa mamie, par exemple, vous pouvez, à 500 km de distance, voir la même page Internet, lorsque l’un clique sur un article, il s’affiche aussi chez l’autre. » Mieux que la visioconférence qui impose de rester face à son écran, la nouveauté d’Orange pourrait aussi utiliser la caméra du smartphone ou de la tablette pour filmer la personne dans son environnement.

Une standardisation en attente

Sur les canaux historiques dédiés au transport de la voix (qu’ils soient analogiques ou numériques), ces prouesses techniques sont également réalisables. Mais l’avantage et l’inconvénient de ces réseaux, c’est qu’ils font l’objet d’une standardisation internationale. C’est ce qui vous permet d’appeler à Mexico ou au Japon sans vous poser de questions, avec une qualité sans égale. « Sur la voix enrichie, nous attendons la standardisation depuis 2008 ! » Une application ne dépend pas d’un tel protocole, donc n’a de limites que l’inventivité des développeurs ! Ce qui a permis la naissance de Shomi. La contrepartie, c’est que la transmission n’est plus toujours d’aussi bonne qualité et qu’elle n’est utilisable qu’avec les personnes ayant opté pour cette application. Si on ne peut pas la télécharger au Japon, pas moyen de joindre quelqu’un à Tokyo.

Un service complémentaire

Même si les options semblent infinies avec la voix applicative, elle n’est pas prête de détrôner la voix “réseau” historique. « Les numéros d’urgences comme le 112, par exemple, n’existent pas sur les applications, reprend Jean-Michel Portugal. Car la voix est encodée dans des paquets IP qui partent sur le réseau général, on ne sait pas d’où ils viennent. Pour le savoir il faudrait ajouter des informations, donc standardiser, et on perd la richesse de l’applicatif ! » Pour les mêmes raisons, les écoutes téléphoniques ciblées seraient impossibles. Il faudrait écouter tout le monde, ce qui pose des questions en termes de liberté. Les deux options sont donc complémentaires. Vous pourrez toujours appeler un ami au Japon avec un appel classique et discuter avec votre mamie tout en surfant sur Internet avec elle grâce à Shomi. Cette innovation, qui devrait être commercialisée courant 2016, pourrait montrer son utilité dans les domaines de la santé, pour la formation à distance ou se coupler au développement des robots, pour communiquer de façon interactive avec une personne immobilisée, par exemple.

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Céline Duguey

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