Trouver de nouvelles microalgues

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juillet 2015
© Françoise Even / Ifremer
Avant de partir, les lycéens ont testé le protocole d'échantillonnage au large de la Rochelle à bord du bateau du lycée.

Des lycéens aident les chercheurs de Concarneau à retrouver la trace de certaines microalgues dans l’océan Atlantique.

Depuis l’automne dernier dans la baie de Concarneau, les chercheurs de l’Ifremer relèvent la présence de nouvelles venues : des microalgues plutôt réputées pour baigner dans les eaux tempérées chaudes à tropicales. « Certaines d’entre elles n’avaient même jamais été observées en Europe, souligne Claude Le Bec, responsable du Laboratoire environnement ressources Bretagne occidentale. Nous avons d’abord pensé à des modifications de courants et nous avons contacté nos collègues physiciens, mais ils n’ont rien noté qui allait dans ce sens. » Les chercheurs continuent alors leurs travaux de bibliographie et finissent par trouver, dans un ouvrage paru en 1954, que ces espèces avaient été répertoriées en 1910 à l’occasion d’un tour de l’Atlantique d’une mission norvégienne(1). Aussi, quand le lycée maritime et aquacole de La Rochelle les contacte pour les associer au voyage de la frégate L’Hermione(2) qu’il suit à bord du voilier K.VIII(3), sur un trajet très similaire et à la même saison, ils acceptent d’emblée.

Un partenariat pédagogique

« Nous avons engagé avec le lycée un partenariat pédagogique et scientifique(4) grâce auquel nous avons pu confier aux élèves à bord du K.VIII une mission scientifique sur le plancton marin, poursuit Claude Le Bec. Nous les avons équipés de filets de mailles de 20 µm pour collecter les algues, ou phytoplancton, et de filets à mailles plus grosses, 200 µm, pour les petits animaux, ou zooplancton, ainsi que d’une sonde pour mesurer les paramètres physico-chimiques. » Partie de l’estuaire de la Charente le 18 avril dernier accompagnée du voilier K.VIII, la frégate est passée par les Canaries début mai, avant de traverser l’Atlantique et de rallier les États-Unis où elle fait actuellement escale pendant plusieurs semaines. Une escale est aussi prévue à Saint-Pierre-et-Miquelon avant le retour à Ouessant aux alentours du 10 août. Une quarantaine de prélèvements ont déjà été effectués et les collectes programmées sur le chemin du retour, en Atlantique Nord, ne seront pas à négliger : la zone est connue pour être plus riche en plancton que le sud.

« Le zooplancton est destiné à la Station de biologie marine de Concarneau avec laquelle nous travaillons. À l’Ifremer, nous analysons la partie phytoplancton. En moyenne, nous décrivons deux nouvelles espèces de microalgues par an, grâce à des descriptions morphologiques au microscope et génétiques par biologie moléculaire. Le problème avec les microalgues, c’est qu’elles sont parfois difficiles à cultiver pour pouvoir continuer à les observer... Mais nous avons mis au point des méthodes qui nous permettent de travailler à partir d’une seule cellule. » En 2012, les chercheurs de Concarneau ont découvert une microalgue toxique dans le secteur des Glénan(5) jamais décrite. « Les toxiques, on les envoie à nos collègues de l’Ifremer de Nantes pour des tests plus poussés », poursuit Claude Le Bec. Ces derniers ont montré un potentiel toxique pour la faune marine.

Le jeune équipage de L’Hermione rapportera-t-il les microalgues répertoriées en 1910 ou des spécimens jamais décrits ? Il faudra patienter... car entre la suspicion d’une nouvelle espèce et la sortie de la publication, il peut se passer un an et demi.

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Nathalie Blanc

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