Les promesses de l’épigénétique

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septembre 2015
Schéma illustrant la méthylation (représentée par des sphères) de l'ADN
© Christoph Bock (Max Plank Institute for informatics)

Dans le grand Ouest, des biologistes, chimistes et bio-informaticiens travaillent ensemble pour identifier et contrecarrer les causes épigénétiques des cancers.

Esquissée dès 1942 mais longtemps restée dans l’ombre du tout génétique, l’épigénétique a récemment révolutionné notre compréhension de la biologie. « L’épigénétique s’intéresse aux mécanismes qui régulent l’expression de nos gènes, explique Pierre-François Cartron, chargé de recherche Inserm au Centre de recherche en cancérologie Nantes-Angers. En fonction de leur environnement cellulaire ou de celui de l’organisme (conditions de vie, alimentation...), certains gènes vont s’exprimer, d’autres non, entraînant ainsi une spécialisation des cellules et parfois malheureusement le développement de certaines maladies comme les cancers. »

Un réseau de chercheurs« Chez certains patients atteints de cancers, nous observons de nombreuses anomalies épigénétiques. Certaines se traduisent par l’expression de gènes favorisant la survenue de tumeurs ou par l’inhibition de l’expression de gènes dits suppresseurs de tumeurs. » Avec pour conséquences une progression accrue de la maladie ou l’apparition de phénomène de résistance au traitement par chimiothérapie et/ou radiothérapie. « Mais ces anomalies sont réversibles, pourvu que l’on identifie le complexe protéine-protéine qui les provoque et que l’on entrave son action grâce à un médicament spécifique. » C’est d’ailleurs l’ambition des dix-huit équipes de biologie fondamentale et clinique, de chimie et de bio-informatique du réseau Épigénétique (REpiCGO) créé en 2014 au sein du Cancéropôle Grand Ouest (CGO) et coordonné par Pierre-François Cartron.Des traitements ciblésRécemment, une équipe du réseau a identifié un complexe protéique a priori responsable d’une anomalie des micro-ARN (miARN), dits “suppresseurs de tumeurs”, observée chez les personnes atteintes de glioblastome, un cancer du cerveau. « Chargés de bloquer la traduction en protéines de certains ARN messagers, leurs miARN sont ici porteurs d’un groupe méthyle (CH3) de trop, ce qui les rend inactifs, indique Pierre-François Cartron. Si l’on parvient à mettre au point un médicament capable de “casser” la formation de ce complexe et par là même d’empêcher la méthylation des miARN, alors nous pourrons ralentir la progression de la maladie et améliorer la réponse du patient au traitement de manière ciblée et personnalisée. »Un autre projet portant sur la leucémie lymphoïde chronique intéresse l’équipe d’Yves Renaudineau, professeur d’immunologie clinique à Brest : « Nous suivons ici plus de deux cents patients touchés par ce cancer dû à une accumulation anormale de lymphocytes B (LB) dans le sang. Pour l’heure, notre équipe a déjà montré que l’incapacité de ces LB tumoraux à mourir naturellement s’accompagne d’un défaut de méthylation/déméthylation de leur ADN, et que ce défaut est étroitement lié à la présence à leur surface d’une molécule qui perturbe le fonctionnement des canaux ioniques (1) occasionnant alors d’autres anomalies épigénétiques. » Un cercle vicieux que l’équipe cherche à enrayer, espérant ouvrir la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques.En plein essor, l’épigénétique sera au cœur du colloque national ÉpiNantes(2), organisé par le réseau REpiCGO et Aviesan, les 6 et 7 octobre prochains.

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Julie Danet

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