Les algocarburants émergent

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septembre 2015
GEPEA
Botryococcu braunii

Sur le terrain des biocarburants, les microalgues sont attendues. L’extraction et la productivité restent à maîtriser.

Dans la famille biocarburants, les scientifiques cherchent... la troisième génération ! Celle obtenue à partir de microalgues et qui est actuellement à l’étude dans plusieurs laboratoires dans le monde, comme au Gepea(1), à Saint-Nazaire. « Ces organismes n’entrent pas en compétition avec l’alimentation, explique Jack Legrand, responsable du Gepea, pas même avec les surfaces agricoles classiques. » D’où leur intérêt, notamment pour l’aéronautique et ses besoins énormes.

« Actuellement, nous travaillons sur l’espèce Botryococcus braunii », poursuit Jack Legrand. C’est une microalgue très prometteuse pour les biocarburants, car elle relargue des alcènes, des molécules hydrocarbures qui entrent dans la composition du jet fuel, le carburant aéronautique. « Nous avons sélectionné deux souches intéressantes, sur plusieurs centaines, dans le cadre du projet Caer. » Encouragé par les professionnels de l’aéronautique, qui cherchent à verdir leur image et à anticiper un futur plus ou moins proche sans pétrole, Caer s’est terminé en août dernier.

Plus de lipides que le colza

À Saint-Nazaire, le travail continue pourtant. Dans d’autres béchers, ce sont des lipides que l’on veut extraire d’autres souches, plus précisément des triacylglycérols (TAG), pour produire du biodiesel. Avec le CEA de Cadarache (Bouches-du-Rhône) spécialisé dans le criblage génétique, le projet Diesalg a permis de sélectionner des souches à très fort potentiel pour leur aptitude à produire des TAG en grandes quantités. Selon les simulations, elles pourraient fournir seize tonnes de lipides par hectare par an, dont 45 à 50 % de TAG, tout en poursuivant leur croissance, là où un hectare de colza produit péniblement une tonne par an ! « Mais cela reste des conditions de laboratoire », tempère Jérémy Pruvost.

La plate-forme Algosolis permettra de savoir si la méthode fonctionne sur des quantités industrielles, d’évaluer la productivité et les post-traitements nécessaires. Un projet, baptisé Shamash, a conduit à des premiers essais sur des moteurs. Mais le bilan énergétique n’était pas bon. « Le plus compliqué, c’est l’eau, explique Jérémy Pruvost, sécher les algues est bien trop énergivore ! » D’où cette suite avec le projet Diesalg. « Nous étudions plusieurs possibilités : l’extraction en voie humide, avec des solvants chimiques que l’on recycle, par exemple, mais aussi de nouveaux solvants, ou des procédés qui favorisent le contact entre le solvant et la gouttelette d’huile à extraire. » Ce dernier point a fait l’objet d’un brevet, récemment déposé.

Le temps d’un avion

Pour Jack Legrand, l’avenir des biocarburants de 3e génération se lit sur le long terme ; « pas avant une vingtaine d’années », selon lui. Mais la durée de vie d’un avion est environ d’autant. Si l’on veut que tout soit prêt à temps, il est bon de s’y intéresser maintenant !

La bioraffinerie : une nouvelle révolution ?

Aujourd’hui, le pétrole nous fournit de l’énergie et plein de matières premières. L’objectif de la bioraffinerie est de remplacer les molécules carbonées pétrolières par des molécules carbonées issues du vivant : la biomasse. Cette biomasse peut être agricole (colza, blé...), forestière (bois, feuilles) ou encore marine (algues et microalgues, bactéries).

Côté énergie, les biocarburants sont en pleine évolution. Et d’autres sources existent : l’éolien, le photovoltaïque, les forces marémotrices... Par contre, la biomasse est la seule solution pour remplacer le pétrole en tant que matière première. C’est ce qui fait dire que l’essor des bioraffineries constituera, dans les prochaines années, un changement de paradigme aussi important que le passage du charbon au pétrole au milieu du 20e siècle.

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Céline Duguey

LE DOSSIER