Révéler des données invisibles

335
octobre 2015
Smart Cities
Croisement de données à Santiago du Chili : mains courantes (cylindres rouges), densité de délits (dégradé du bleu au rouge), exposition aux ondes électromagnétiques (couleur des bâtiments en arrière-plan).
2015 Siradel / Santiago, Chili

L’entreprise Siradel modélise la ville en 3D pour favoriser le dialogue entre les acteurs de l’aménagement urbain.

Les villes de demain seront truffées de capteurs qui s’échangeront des milliards de données en temps réel grâce à la 5G. Mais seront-elles intelligentes pour autant ? « Non, si l’on ne réfléchit pas à la meilleure façon d’exploiter ces technologies pour optimiser le fonctionnement de la ville, dans une optique de développement durable. Et vu le contexte contraint actuel, nous devons d’autant plus nous soucier du bien-être urbain », dit Laurent Bouillot, président de Siradel. L’entreprise de Saint-Grégoire a mené un projet d’envergure pour Santiago du Chili en 2014 : développer un outil d’aide à la décision d’un projet d’aménagement urbain. Il s’agit au départ de modéliser la capitale en 3D. En parallèle, les ingénieurs de Siradel, en concertation avec les partenaires, ont défini une centaine d’indicateurs regroupés en onze clés de la ville durable : la mobilité, le bâtiment, l’eau, l’air, l’énergie, les déchets, les télécoms, la sécurité... « Nous voulions rendre facilement visualisable en 3D un diagnostic complet de la ville en croisant les informations techniques, sociales et économiques », explique Laurent Bouillot.

Transposable à tous les réseauxDepuis sa création en 1994, l’entreprise Siradel est spécialisée dans la planification des réseaux de communication sans fil. « Puis, on s’est rendu compte que notre expertise en télécom était transposable à la planification des autres réseaux d’électricité, de gaz, de transport... puisque les défis technologiques sont les mêmes (congestion, effets aléatoires...) avec en ligne de mire le même objectif : offrir à l’usager une meilleure qualité de service. » Reste à trouver comment faire cohabiter les données en combinant les modes de représentation et d’affichage. Ce défi est relevé une première fois en 2008 avec le programme de recherche Envie(1). « Avec trois autres entreprises, nous avions mis en relation les conditions climatiques, les déperditions thermiques et les caractéristiques sociodémographiques des villes. »Pour que tout le monde se comprenneForte de cette nouvelle expérience, Siradel suit la même démarche pour mener à bien le projet de Santiago du Chili(2). Elle travaille avec plusieurs entreprises françaises spécialisées dans l’urbanisme, l’ingénierie, les éco-technologies, la mobilité urbaine. Représenter toutes les données en 3D, avec des dégradés de couleurs, par exemple, permet à tous les acteurs, que ce soit les entreprises ou les élus, de se comprendre. « La concertation est alors possible pour imaginer des solutions cohérentes de réaménagement. Cela a été un travail de longue haleine, car traduire et combiner visuellement des mesures de pollution et des flux routiers n’est pas une mince affaire ! »Et le résultat va probablement payer. Suite au projet, Santiago du Chili pourrait bien changer de visage. À l’heure actuelle, la ville est coupée en deux par une grosse autoroute qui crée une forte ségrégation. Les quartiers pauvres d’un côté ont difficilement accès aux quartiers riches, de l’autre. « Cela faisait plusieurs années que les élus réfléchissaient à des façons de résoudre le problème », rappelle l’ingénieur. Demain, le recouvrement de l’autoroute s’inscrira dans une stratégie urbaine cohérente, en concertation avec les habitants, pour tendre vers une ville durable et connectée où il fait bon vivre !

Renseignements : 

Tabs

Klervi L’Hostis

LE DOSSIER