Un habitat très prospectif

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octobre 2015
Smart Cities
Vue du dessus de la pièce à la demande (en jaune).
DR

Manque d’espace en ville ; besoin d’une pièce en plus : des Rennais ont imaginé une solution inédite d’habitat adaptatif.

Brique de base de la ville, le bâtiment traverse les modes et les temps et doit s’adapter aux nouveaux besoins et habitudes des habitants. S’ajoute aujourd’hui un autre aspect crucial : celui de l’espace foncier. Faut-il étendre les villes ou augmenter la taille des immeubles ? En croisant cette question à une autre problématique de la société qui est celle du vieillissement de la population, on se rend compte que l’espace est parfois mal réparti. Des personnes âgées finissent par être seules dans des grandes maisons, tandis que des familles se retrouvent à l’étroit à l’arrivée d’un nouvel enfant. Moins extrêmes, d’autres cas se présentent : pouvoir bénéficier d’un grand salon le temps d’une soirée ou d’une chambre supplémentaire quelques week-ends par an.

Changement de décors

Pourquoi ne pas imaginer une pièce à la demande ? Située entre deux appartements, elle pourrait être raccrochée, pour un temps plus ou moins long, à l’un ou l’autre et sa fonction pourrait changer en fonction des besoins : bureau, chambre d’amis, salon de télévision... Ce projet d’habitat adaptatif est né des réflexions menées par les acteurs(1) de la chaire Habitat intelligent et innovation de la Fondation Rennes 1(2), dont Michele Dominici, enseignant-chercheur à l’Irisa, est l’heureux titulaire.

 


(2) La pièce est à la demande est ici connectée à l'appartement rouge, en fonction chambre (porte bleue invisible, rouge ouverte)

 

 

 

 

 

 

(3) La pièce à la demande est ici connectée à l'appartement bleu, en fonction salon (lit en position haute, porte rouge invisible)

 

 

 

 

 

« Les adaptations touchent la connectique avec des services classiques de domotique comme la mémorisation des préférences des habitants en termes de température et d’éclairage, explique-t-il. Mais elles permettront aussi d’attribuer automatiquement la consommation électrique à l’appartement connecté à la pièce. » La décoration pourra aussi être adaptée au goût des propriétaires, grâce à des photos qui s’inscrivent dans des cadres numériques, mais l’innovation inédite est que les changements pourront aussi toucher la structure de la pièce comme le mobilier (lit escamotable, bureau qui se transforme en canapé) et aussi l’architecture : la porte qui mène à l’appartement A sera celée et invisible quand la pièce sera connectée à l’appartement B. « C’est pourquoi nous parlons aussi d’habitat métamorphique et dynamique. L’informatique et le numérique rendent ces changements faciles et rapides à réaliser. Le but étant que l’utilisateur se sente vraiment chez lui et pas dans une pièce commune et ce, sans avoir besoin de déménager à chaque fois qu’il occupe la pièce. »

Espaces privés, espaces communs

Michele Dominici en est conscient : ce modèle ne s’applique pas partout. Il a pour l’instant été pensé pour des habitats collectifs et, comme il doit être intégré dès la conception, il vise des constructions neuves. Question acceptabilité... les choses commencent à bouger. « Il est vrai qu’aujourd’hui, dans les immeubles collectifs, les parties privatives sont plus importantes que les parties communes qui se limitent aux couloirs et à la cage d’escalier. Il n’existe pas d’espace commun où les gens peuvent se rencontrer. Ce besoin s’exprime dans quelques cas, encore très marginaux, d’habitats dits participatifs où les habitants concernés se réunissent avant l’aménagement ou la construction pour définir leurs attentes et leurs besoins. » Autre tendance relevée par le chercheur : l’explosion des services de type “Airbnb”. En ouvrant tout ou partie de leur logement à la location, les hôtes recherchent, en plus de l’apport d’argent, des contacts et des échanges. De leur côté, certains voyageurs fuient les chambres d’hôtel impersonnelles pour des intérieurs chaleureux. La pièce à la demande est peut-être l’anneau qui manque entre un espace complètement privé et un espace complètement commun.

Vous pouvez visiter !

Le concept de la pièce à la demande a commencé à prendre forme dans la démonstration conçue dans la salle Immersia de l’Irisa et de l’Inria, sur le campus de l’Université de Rennes 1. Elle permet de visualiser, de circuler dans l’enchaînement de pièces virtuelles et de tester les équipements, dont certains commencent à être bien réels. Le chercheur a installé un véritable interrupteur qui peut commander, selon la configuration, la lumière dans l’appartement A ou B. Michele Dominici souhaite maintenant se rapprocher d’architectes pour avancer sur la partie technique et la réalisation et passer, d’ici à la fin de 2016, du virtuel au réel !

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