Les robots rentrent

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mars 2016
Chirurgie
Jaimy, premier porte-aiguille robotisé, rend possible l’accès aux zones difficiles en intra-abdominal, quelle que soit la position du chirurgien. Sa flexibilité et son paramétrage simplifient les gestes opératoires complexes.
ENDOCONTROL

Au bloc opératoire, les robots seront-ils, demain, des auxiliaires précieux des chirurgiens, ou leurs remplaçants ?

Les robots sont entrés au bloc opératoire. Depuis quelque temps, ils aident les chirurgiens à explorer le corps d’un patient, à extraire une tumeur cancéreuse ou à voir ce qui se trouve derrière certains tissus. Aux États-Unis, 80 % des opérations de la prostate sont aujourd’hui réalisées par chirurgie robotique, contre 20 % en France.

Ce virage est-il irrémédiable ? C’est l’une des questions posées lors du colloque intitulé La robotique : quels impacts sur la médecine de demain, organisé à Lorient, les 13 et 14 octobre 2015 par la CPNE(1), chargée de l’analyse prévisionnelle de l’emploi et de la formation dans l’hospitalisation privée.

« Il existe aujourd’hui deux grandes tendances : la chirurgie téléopérée et la comanipulation, explique Marie-Aude Vitrani, chercheuse à l’Isir(2). La première consiste à permettre au chirurgien d’opérer en étant confortablement installé dans une console, les mains sur des manettes, à distance du patient au lieu d’être debout penché au-dessus de lui. » C’est le cas de da Vinci (Intuitive Surgical, États-Unis), sollicité pour des opérations du cœur ou en urologie. Selon ses détracteurs, son coût très élevé (près de 3 millions d’euros), n’inciterait pas ses utilisateurs à signaler ses défauts...

La comanipulation, elle, offre au chirurgien des outils robotisés pour le guider dans ses actes : filtrer le tremblement des mains, définir des zones interdites, maintenir un instrument en position... L’Isir, membre du Laboratoire d’excellence Cami(3), a participé ainsi à la conception de Jaimy (Endocontrol, France), créé pour la chirurgie laparoscopique, une technique chirurgicale mini-invasive de diagnostic et d’intervention sur la cavité abdominale. « Il simplifie les gestes opératoires complexes en permettant d’accéder à des zones difficiles et redonne de la mobilité à l’instrument sans augmenter la taille de l’incision », souligne Marie-Aude Vitrani. Même s’il fonctionne déjà dans certains hôpitaux, Jaimy (photo) est encore en phase de validation pour plusieurs applications cliniques. Cet instrument robotisé est complémentaire de Viky, un “robot porte-endoscope” commandé par la voix dont Endocontrol a déjà vendu cent cinquante exemplaires.

Opération du cerveau, biopsie de la prostate

Rosa (Medtech, France), un autre robot créé pour assister le praticien sans perturber la routine clinique, a permis d’opérer le cerveau de 3000 patients dans une soixantaine d’hôpitaux. Parmi les machines entrées au bloc, il ne faut pas oublier Artemis (Eigen, États-Unis), commercialisé depuis 2008. Ce système automatisé de biopsie, utilisé en cas de risque de cancer de la prostate, s’appuie sur l’imagerie par ultrasons pour guider l’insertion des aiguilles de ponction vers les zones d’intérêt.

Ces appareils préfigurent-ils l’avenir de la chirurgie robotisée ? De nombreux scientifiques “roboticiens” travaillent sur le cancer de la prostate, le plus fréquent chez l’homme, afin d’aider les praticiens à déceler les zones cancéreuses invisibles à l’œil nu. L’équipe de l’Isir développe avec Koelis (France) un robot d’aide à l’imagerie médicale. Elle étudie aussi l’installation de sondes échographiques dans un robot employé dans les opérations de cancers du sein. « Je pense que la chirurgie robotisée se dirige plus vers la comanipulation, qui présente l’avantage de pouvoir revenir, à tout moment, vers une opération classique, observe Marie-Aude Vitrani. Car la capacité d’interprétation d’un praticien n’est pas remplaçable. »

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Raphaël Baldos

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