Des fleurs contre les pesticides

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avril 2016
Maxime Damien veut savoir quelles fleurs nourrissent le mieux les ennemis des pucerons.
Thierry Le Rouzo

Contre les ravageurs du blé, les fleurs sont une arme. Leur nectar nourrit les parasitoïdes, qui tuent les pucerons.

Les champs de céréales sont le théâtre d’une guérilla miniature. En Bretagne, dès novembre, trois espèces de pucerons débarquent sur les brins de blé, à peine sortis de terre. Quatre espèces de guêpes minuscules, leurs ennemis, vont contrer leur expansion. Ces parasitoïdes pondent dans les larves de pucerons et les tuent. Dans cette lutte incessante, où le changement climatique favorise l’arrivée de nouvelles espèces de pucerons, les biologistes veulent aider les petits parasitoïdes.

Ces insectes se nourrissent du nectar des fleurs. Sans sucre, ils ne survivent qu’un jour. Mais s’ils trouvent des fleurs, les femelles pondront vingt fois plus : carnage garanti chez les pucerons ! Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de fleurs dans les champs de blé. Il faudrait en semer. « Lors du dernier congrès mondial sur les ennemis des cultures, en octobre dernier à Malaga (Espagne), la moitié des équipes de biologistes en Europe, aux États-Unis et au Japon, a déclaré travailler sur la plantation de bandes fleuries, en horticulture ou en maraîchage, explique Joan van Baaren, biologiste à Écobio(1) et responsable du programme Fleur. L’originalité de nos recherches est d’étudier des bandes fleuries, autour des champs. Surtout durant la période hivernale, car nous avons déjà des pucerons en hiver, en Bretagne. »

Bleuet, mauve, camomille...

Les agriculteurs se procurent déjà des mélanges fleuris, pour la biodiversité et la pollinisation. Mais aucun mélange n’existe spécialement pour les parasitoïdes. Certaines fleurs ne peuvent pas les nourrir : leurs mandibules de quelques micromètres sont moins efficaces que les trompes des abeilles, pour aspirer le nectar. Pire, certaines fleurs attirent les pucerons ! Comment savoir quelles fleurs sont du goût des parasitoïdes ? « Dans un premier temps, nous cultivons des fleurs en laboratoire, dans une chambre en conditions contrôlées, explique le doctorant Maxime Damien, recruté pour ce programme. Le premier essai concerne le bleuet, la mauve, la camomille sauvage, l’arnica et le souci. Nous nourrissons deux espèces de parasitoïdes avec ces fleurs et observons leur fécondité et leur longévité. »

Cet hiver, en collaboration avec des agriculteurs, le biologiste a aussi observé ce qui se passe actuellement dans une quinzaine de champs, près de Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Vilaine). Les agriculteurs y avaient semé, à côté des champs de céréales, des plants de moutarde. Maxime Damien a collecté tous les parasitoïdes sur des surfaces de 15 m2, au milieu du champ et près des fleurs de moutarde. « 70 % des pucerons sont tués près des bordures fleuries, contre 60 % ailleurs : le taux de parasitisme est augmenté de 10 %. » Pas énorme, mais encourageant, car la moutarde n’est pas le plat préféré des parasitoïdes.

L’an prochain, les biologistes vont semer au bord des champs des bandes (3 m de large), avec un cocktail de fleurs idéales, intégrant du sarrasin(2). Ces recherches sont menées avec un semencier (SA Pinault) et des biologistes de l’Inra, à Rennes. « À terme, nous proposerons un mélange pour parasitoïdes, dans les conditions climatiques de la Bretagne, explique Joan van Baaren. Il devrait augmenter le rendement du champ, tout en baissant le taux d’insecticide nécessaire. »

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Nicolas Guillas

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