Des pois en superforme

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avril 2016
Terres Innovia
Les chercheurs de l'Inra du Rheu testent la résistance de plusieurs variétés de pois au parasite Aphanimyces.

Près de Rennes, des chercheurs veulent rendre le pois plus résistant aux maladies et réduire l’usage des pesticides.

Faire pousser des légumineuses, c’est bien mais si elles sont en bonne santé, c’est encore mieux ! À l’Inra du Rheu, des généticiens et épidémiologistes cherchent à rendre les cultures de pois plus résistantes aux maladies. « Il y a plusieurs façons d’y arriver sans passer par les produits phytosanitaires, explique Alain Baranger, de l’équipe Résistance et adaptation de l’Institut de génétique, environnement et protection des plantes (Igepp). L’une d’entre elles est de développer des variétés de pois qui possèdent des gènes de résistance. Sur ce point, on s’est intéressé à un parasite en particulier : l’Aphanomyces, qui provoque une pourriture des racines. »

Depuis les années 2000, l’équipe récupère des lots de graines de pois dans des centres de ressources génétiques. « En quelques années, nous avons testé 2000 lignées de pois. La plupart s’avèrent sensibles à l’Aphanomyces, dit-il, mais quelques-unes réussissent à freiner le développement de la maladie. » Pour identifier les gènes responsables, les chercheurs identifient des lots résistants puis les croisent avec des lignées sensibles. Au fil des descendances, ils établissent un lien statistique entre la résistance et des marqueurs situés à des endroits précis et connus du génome. La carte génétique du pois ainsi obtenue met en évidence sept zones du génome qui contrôlent la résistance à l’Aphanomyces. « Mais les accessions résistantes issues des centres de ressources génétiques ne sont pas forcément directement cultivables, alors on les croise avec les variétés agronomiques. Aujourd’hui, on commence à avoir des lignées fixées cultivables qui ont une résistance partielle. »

Bien répartir les plants

Réduire les facteurs qui limitent la production de pois, c’est aussi agir sur l’architecture de la plante et du couvert. « Nos observations nous montrent que la répartition des surfaces foliaires(1), mais aussi la hauteur et la densité du couvert végétal ont une forte influence sur l’apparition de maladies aériennes. » L’architecture de la plante génère un microclimat - lumière, température, humidité - au sein du couvert qui favorise ou non la prolifération des maladies. Cette fois, l’équipe de l’Igepp étudie l’ascochytose, une pathologie due à un champignon nécrotrophe (qui se nourrit des tissus végétaux morts). « Pour obtenir une forme optimale de la plante, on fait aussi appel à des croisements génétiques de différentes lignées.»

Multiplier les chances

Reste ensuite à savoir comment déployer, sur une parcelle, la résistance génétique et celle qui résulte de l’architecture de la plante, une question intimement liée au système de culture. Entamé en 2014 pour cinq ans, le programme de recherche de l’équipe Pisom(2) devrait permettre d’y répondre. De nombreux tests sont réalisés sur les parcelles de l’Inra du Rheu ou sur des plates-formes infestées, parfois sur de longues durées, et en chambres climatiques régulées en température et en humidité. Un observatoire national des maladies cherche par ailleurs à identifier les facteurs climatiques et les systèmes de culture qui influencent l’émergence et l’intensité des maladies. « Il y a beaucoup de critères qui peuvent modifier les situations sanitaires : les dates et les densités de semis, la durée des rotations, l’association ou non avec une culture de céréales, l’agencement du couvert végétal, le fait de faire du bio ou de l’intensif... » Une chose est sûre cependant : il faut multiplier les leviers et apprendre à bien connaître le pathogène pour l’empêcher de contourner les stratégies mises en place !

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Klervi L'Hostis

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