Des protéines bien digérées ?

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avril 2016
Les porcs et les volailles assimilent les légumineuses sous forme de granulés
Jacky Chevalier

Des chercheurs s’intéressent à l’optimisation de la digestion des protéines chez les porcs et les volailles.

Une alimentation efficace. C’est aussi ce que cherchent les éleveurs de porcs et de volailles. Mais dans ces travaux, qui s’inscrivent aussi dans le cadre du projet SOS Protein(1), coordonné par le Pôle agronomique Ouest, la problématique est différente car ces animaux ne broutent pas ! Leur alimentation se présente sous forme de soupes (mélange de farine et d’eau) ou de granulés.

On sait déjà, par exemple, que les traitements thermiques et/ou mécaniques, qui transforment les aliments sous forme de farine en granulés, améliorent leur digestibilité, mais on ne sait pas précisément de combien... « Il s’agit de connaissances empiriques », explique Étienne Labussière. Ingénieur agronome dans l’UMR Pegase, au centre Inra de Rennes (à Saint-Gilles), ce chercheur travaille plus particulièrement sur les porcs et leur assimilation des protéines. « Aujourd’hui, vu le contexte de réintroduction des légumineuses dans le grand Ouest, nous souhaitons travailler de manière quantitative sur la cinétique de digestion et les dynamiques métaboliques. » Son but est d’arriver à optimiser les apports nutritionnels en fonction des besoins des animaux. Étienne Labussière travaille sur des porcs de 60 kg, le poids moyen des animaux à mi-parcours d’élevage.

La distribution des aliments

À l’entrée, plusieurs paramètres vont être testés : la fabrication des granulés (température, force de cisaillement...) qui rendent plus ou moins disponibles les protéines, mais aussi le mode de distribution des aliments : faut-il apporter les compléments de protéines en même temps ou de manière dissociée par rapport aux céréales ? Faut-il qu’ils soient tout le temps disponibles dans les auges ou bien apportés plusieurs fois par jour ? Combien de fois ? En sortie, les chercheurs analysent les fèces, d’une part, pour en déduire la quantité de protéines assimilées au niveau du tube digestif ; et les urines, d’autre part, qui leur donnent la quantité de celles qui ont été digérées mais éliminées quand même, car en excès ou apportées de façon non équilibrée. Pour préciser les lieux d’absorption des nutriments, ils utilisent des animaux qui ont été opérés pour faciliter la récupération des digesta à la fin de l’intestin grêle.

Les protocoles sont en cours de mise au point. « Nous travaillons notamment avec le centre technique d’aliments pour animaux Tecaliman, basé à Nantes, qui nous donne des informations précises sur la façon dont les aliments sont préparés dans les usines, précise Étienne Labussière. Par exemple, quand un granulé est chauffé à 90 °C, comment se passe la montée en température ? Est-elle progressive ou subite ? Nous voulons savoir si cela a une influence sur la qualité nutritionnelle des granulés. » Cinq industriels de l’alimentation animale sont par ailleurs impliqués.

Dans les fermes expérimentales

Le suivi des animaux devrait se dérouler de septembre prochain à mars 2017, dans des stations expérimentales de l’Inra, de l’Institut du porc (Ifip) et des chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire.

« Nous commençons avec beaucoup de paramètres et plusieurs matières premières : céréales, coproduits de céréales, tourteaux de soja, colza, tournesol..., poursuit Étienne Labussière. Puis nous nous concentrerons sur l’intensité d’un traitement sur quelques matières premières choisies. Jusqu’à réussir à décrire le métabolisme complet de chaque aliment. » Rendez-vous en 2018 pour la fin de la digestion !

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Nathalie Blanc

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