Le champ des possibles

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avril 2016
Jean-Marie Bossennec/Inra

Réintroduire des légumineuses dans les prairies ne se fait pas au gré des envies mais selon des paramètres précis.

Puisque les légumineuses agrémentent de nombreuses prairies temporaires, il est pertinent d’étudier comment améliorer leur pérennité dans l’intérêt des éleveurs et de l’environnement. C’est le sujet sur lequel se penche Françoise Vertès, agronome à l’Inra de Quimper(1), dans le cadre d’une étude globale européenne sur l’autonomie protéique des exploitations et le rôle des légumineuses(2). En collaboration avec d’autres chercheurs(3), agriculteurs et conseillers de Bretagne et de Loire-Atlantique(4), elle va étudier les pratiques de pâturages hivernal et estival (sols et végétation plus fragiles), d’introduction d’une fauche de temps en temps (permet-elle de reposer et de restaurer des plants ?) et le fait de laisser les plantes venir en graines pour régénérer les espèces semées.

Les résultats de l’étude sont attendus en 2020. Mais, Françoise Vertès étudie les prairies et leur intérêt pour la durabilité des systèmes laitiers de l’Ouest depuis plus de vingt ans. Elle a déjà compilé des données. Les bonnes performances des prairies semées de légumineuses dépendent de divers paramètres : caractéristiques du sol, conditions climatiques et usages. On ne sème pas n’importe quoi n’importe où !

Le piétinement des animaux

Un sol hydromorphe (saturé en eau une partie de l’année) se compacte facilement au passage d’engins ou lors du piétinement d’animaux et les légumineuses y persistent moins que sur un sol profond et bien structuré. Certaines espèces de légumineuses peuvent aussi ne pas trouver en terre les bactéries leur permettant de fixer l’azote atmosphérique (lire Comprendre ci-contre). Il est alors nécessaire d’ensemencer les plantes, voire de corriger l’acidité des sols. Bien sûr les conditions climatiques (température, pluie, vent...) agissent également sur les prairies. C’est pour cela que dans le bassin rennais la luzerne (plus méditerranéenne !) poussera plus volontiers, tandis que dans le Finistère ce seront les trèfles blanc et violet. Côté usage, la présence d’animaux dans un champ provoque un piétinement que supportent mal certaines plantes (luzerne). Les déjections, chargées en azote, sont aussi un problème. L’urine sur le sol réduit la fixation d’azote atmosphérique par les légumineuses et favorise les graminées, plus compétitives. Enfin, le ratio et les associations de plantes composant la prairie sont aussi à prendre en compte. Françoise Vertès rappelle que les légumineuses ne sont pas semées seules en pâture, car « elles apporteraient trop d’azote aux animaux. »

Les modalités d’introduction et de maintien des légumineuses en prairie dépendent aussi des attentes des agriculteurs. Ces derniers ne placent pas tous le curseur au même niveau comme le montre l’étude préalable au programme de recherche, réalisée en 2015. D’une prairie contenant des légumineuses, ils attendent surtout « le maintien de la production et de la qualité de la végétation sans réensemencement et l’autonomie du sol et des plantes en azote pour ne pas avoir à en apporter sous forme d’engrais. » Pour certains, la pérennité est estimée bonne dès 4-5 années tandis que pour d’autres il faut que les prairies tiennent plus de 8-10 années. Ils ne s’accordent pas tous non plus sur le taux de légumineuses à semer. Ces plantes offrent donc des possibles avec lesquels il faut savoir composer.

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Michèle Le Goff

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