Les bons ingrédients au menu

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avril 2016
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Le fourrage pâturé est la source de protéines la moins chère.

La réintroduction des légumineuses fourragères, fraîches ou conservées, au menu des vaches est à l’étude.

Comme l’homme, une vache doit manger équilibré. Sa ration se compose de fourrages (herbe pâturée ou conservée, maïs ensilé) riches en fibres, et de compléments, ou concentrés, composés de céréales (maïs, orge, coproduits de l’industrie) pour les glucides (énergie) et de tourteaux de soja ou colza pour les protéines, lorsque les fourrages n’en contiennent pas assez (ensilages et foins surtout). Si les céréales sont parfois produites sur l’exploitation, les tourteaux, eux, sont achetés, et même importés dans le cas du soja. « Le fourrage fauché, puis conservé et distribué, coûte déjà deux à trois fois plus cher que le fourrage pâturé, explique Rémy Delagarde, de l’UMR Pegase, à l’Inra de Saint-Gilles, près de Rennes. Et pour un achat de concentré protéique il faut encore multiplier par deux ou trois ! Car la matière première, le grain de céréales ou de protéagineux, coûte plus cher que le fourrage et, en plus de la récolte, il faut prendre en compte les frais d’importation, ainsi que la mise en forme de l’aliment en granules ou tourteaux de graines de légumineuses par l’industrie. » Mais ces protéines qui ont un coût, et par analogie ces quantités d’azote importées, sont-elles vraiment bien valorisées par l’animal, ou bien consommées en excès et relarguées dans la nature ?

Manger de manière efficace

Car l’éleveur ne se soucie pas seulement de la bonne santé de son cheptel et du meilleur rapport qualité/prix des aliments. Il cherche aussi à ce que ces derniers soient transformés le plus efficacement possible, pour produire de la viande ou du lait en qualité et quantité. C’est sur ce point que travaillent des chercheurs de l’équipe SysLait, coordonnée par Rémy Delagarde.

Par exemple, dès le début des années 2000, ils se sont intéressés aux régimes à base de fourrages conservés comme les ensilages, mais aussi au pâturage et ont comparé les effets du pâturage des vaches dans différents types de prairies : des graminées seules, d’une part, et un mélange de graminées et de légumineuses, d’autre part. Ils ont ensuite analysé l’appétit des vaches et leur digestion, mesuré les rejets de méthane et la qualité du lait. Résultats : « Ils sont clairement en faveur des légumineuses, poursuit Rémy Delagarde. Les fourrages sont plus riches en énergie et en protéines et cela se retrouve dans la quantité et la qualité du lait. Les bêtes mangent plus et, comme les légumineuses sont moins riches en fibres, les vaches rejettent moins de méthane. Elles digèrent mieux. »

Les légumineuses, moteur de la prairie

Redonner de la place aux prairies n’est pas seulement positif pour les vaches. Tout le temps disponibles, les prairies permanentes ou les prairies semées n’ont pas besoin d’être replantées d’une année sur l’autre. C’est une tâche en moins pour l’agriculteur. Par ailleurs, dans les mélanges graminées/légumineuses, ces dernières fournissent l’azote nécessaire au bon développement des premières. « On dit souvent que les légumineuses sont le moteur de la prairie, souligne Rémy Delagarde. Il s’agit essentiellement du trèfle blanc, semé dans la majorité des prairies bretonnes destinées à nourrir les vaches depuis le début des années 2000(1), mais aussi du trèfle violet et de la luzerne pour faire des récoltes pour l’hiver. » Il reste que le maintien du pâturage dans les élevages pose parfois des problèmes d’ordre organisationnel : en se regroupant, les fermes bretonnes sont aujourd’hui à la tête de cheptels de 60, voire 80 ou 100 bêtes en lactation (regroupement de deux fermes), qu’il n’est pas toujours évident d’amener au pré. Surtout si celui-ci ne se trouve pas à proximité de la salle de traite...

L’avenir est dans la luzerne

C’est pourquoi les chercheurs étudient aussi l’intérêt du fourrage conservé, c’est-à-dire cultivé puis stocké. « Les cultures de luzerne peuvent donner, par exemple, de très bons résultats. C’est la plante qui produit le plus de kilos de protéines à l’hectare et par an. Elle pousse très bien dans le sud de la France et pourrait pousser de mieux en mieux en Bretagne suite au changement climatique ! Elle est ensuite donnée sous forme déshydratée, ensilée ou en foin aux animaux. »

D’autres travaux sur l’alimentation des bovins et l’efficacité d’utilisation de l’azote et des protéines sont étudiés pour d’autres modes d’alimentation que le pâturage, qui s’intègrent pour partie dans le programme SOS Protein coordonné par le Pôle agronomique Ouest (PAO) qui, lui, s’inscrit dans une problématique plus globale de l’autonomie protéique à l’échelle régionale.

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Nathalie Blanc

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