Portraits

Erwan Amice
44 ans

Plongeur, médaille de Cristal 2016 du CNRS(1), responsable des moyens à la mer de l’IUEM

Interviewé par Nicolas Guillas.

"Sous la banquise, dans l’eau à moins deux degrés, avec une faune magique et colorée…"

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

Avant, j’étais plongeur démineur dans la Marine nationale. Je serais peut-être devenu cinéaste animalier ! Je me suis spécialisé dans la photo sous-marine, mais j’avais d’autres idées qui alliaient la photo, le film, la plongée et les voyages.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

J’assiste des chercheurs pour monter des expéditions exceptionnelles dans des endroits incroyables ! C’est très motivant. Au contact des scientifiques, je me rends compte que l’on connaît très peu de choses sur l’océan. Il faut mettre plus d’énergie et de moyens pour sa connaissance.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, dans ma transition professionnelle, il a bien fait les choses ! Je ne partais pas pour une reconversion dans le milieu scientifique. Un ami m’a parlé d’un poste au CNRS et je ne regrette pas. Dans la construction de projets scientifiques en zone polaire, il faut parfois tout inventer pour faire des mesures. Le hasard engendre alors des rencontres avec d’autres personnes, pour trouver des solutions efficaces, comme du matériel de plongée adapté aux conditions extrêmes.

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Qu’avez-vous perdu ?

Une certaine innocence, parfois. En Antarctique, nous réalisons des plongées étonnantes, sous la banquise, dans de l’eau à moins deux degrés, avec une faune magique, peu connue et colorée. Mais parfois je me surprends à ne plus être émerveillé. C’est devenu une zone de travail ! C’est dur et difficile, il faut être concentré... Mais je suis attentif à garder l’émerveillement.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

La fin d’une passion.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Que l’on robotise tout ! La tendance est à envoyer des engins, plutôt que des hommes. Certains étudiants font de l’océanographie devant un ordinateur, pendant des années. Ils perdent le contact avec le milieu marin, le froid, l’humidité. La vie marine, il faut aller l’observer soi-même pour comprendre et alimenter ses réflexions.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

La folie des hommes. L’homme n’est jamais rationnel. On dit des choses, on fait l’inverse. On ne met pas assez de moyens dans ce que l’on veut produire. C’est ce qui me désespère le plus !

Interviewé par
Nicolas Guillas

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