Ils attaquent la pollution par les racines

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mai 2016
Thierry Lebeau, ici dans des jardins nantais, coordonne un projet de dépollution des sols.
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Trèfle, tournesol ou spartine : à Brest, Rennes et Nantes, des chercheurs utilisent des plantes pour dépolluer les sols.

Un grand programme de recherche sur la dépollution du sol grâce aux plantes a démarré à Nantes. Il réunit cinquante chercheurs dans six laboratoires(1). Plusieurs types de pollutions sont étudiés. L’une des six thèses en cours concerne des potagers associatifs nantais, pollués au plomb. Des tomates, des choux et des pommes de terre ont été semés : selon le plomb accumulé, seront-ils consommables, ou pas ?


À Nantes, Dorine Bouquet étudie pour sa thèse la présence du plomb dans les potagers.

Coordonné par Thierry Lebeau, professeur en microbiologie des sols au laboratoire LPG-Nantes(2), le programme Pollusols s’intéresse aussi à la pollution radioactive. Des plantes, comme le trèfle violet, absorbent l’eau, vers laquelle des bactéries transfèrent les particules terrestres contaminées au césium. Le trèfle est ensuite arraché. Contre la pollution au cuivre, qui va jusqu’à l’océan et contamine les moules, les chercheurs mènent des essais avec le tournesol et l’avoine. Ce cuivre provient des viticultures (où il est épandu contre le mildiou), des routes (où il tombe des plaquettes de frein) et de la peinture des bateaux.

Herbicides, hydrocarbures

Outre les biologistes, les géochimistes ou autres hydrogéologues, le projet associe des sociologues, pour comprendre comment les citoyens se positionnent. « Nous étudions la pollution diffuse sur des surfaces importantes, résume Thierry Lebeau. Les plantes et les bactéries sont une solution. Mais c’est long. Il faut entre six mois et dix ans pour dépolluer un sol. »

À Rennes, au laboratoire Écobio(3) de l’Osur(4), le biologiste Abdelhak El Amrani veut accélérer ce procédé. En s’appuyant sur quinze ans de recherche en phytoremédiation (dépollution par les plantes), il a lancé le projet Apache(5). « Nous étudions une dizaine d’espèces de spartines, et du miscanthus, pour connaître l’effet de la duplication de leurs génomes sur leur capacité à dégrader des molécules polluantes. » Qu’il s’agisse d’herbicides ou d’hydrocarbures.


Le doctorant Armand Cavé-Radet étudie l'effet dépolluant de la spartine.

Cette approche n’utilise pas de plantes transgéniques : « La dépollution se fait par un consortium associant les plantes, les bactéries, les champignons et tous les organismes du sol. On parle de métaremédiation. » La recherche se poursuit sur un site pilote d’un hectare, avec la société vannetaise Svitec.

« Nous modifions le milieu pollué, en ajoutant des molécules inoffensives : on “arrose” les plantes pour booster leur capacité à dépolluer. » Résultat : la dépollution durera un mois, au lieu d’un an.

Au début des années 2000 à Brest, une l’équipe(6) a développé un savoir-faire reconnu en phytoremédiation. « Nous avions obtenu in vitro des plantes hyperaccumulatrices en polluants, rappelle le pionnier Gilbert Charles, aujourd’hui au laboratoire Géoarchitecture(7), à l’UBO(8). Nous ne sommes pas allés jusqu’au terrain, par manque de moyens. » L’idée était d’utiliser de la moutarde et du colza sélectionnés sur des sites miniers pollués(9) ou des sols saturés en lisier. Aujourd’hui sur d’autres recherches, Gilbert Charles souligne l’intérêt potentiel de la spartine, qu’il cultive par ailleurs in vitro. « C’est une bonne candidate pour la phytoextraction de métaux lourds et la dégradation de polluants en milieu salé, comme les boues portuaires. » La spartine serait ensuite récoltée et incinérée avec des filtres spéciaux. Des entreprises américaines se positionnent sur ce terrain.

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Nicolas Guillas

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