Le Tara à l'assaut des coraux

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juin 2016
© Lauric Thiault
La nouvelle expédition Tara Pacific suivra sur 100 000 km un gradient de biodiversité qui attendra son maximum au Triangle de Corail, hot spot de biodiversité. Sur la photo : Pocillo meandrina

Le Tara est parti sillonner le Pacifique pour étudier les récifs coralliens et leur évolution face au changement climatique.

« La question des massifs coralliens est une question urgente », pose Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Expéditions, le 28 mai dernier à quelques heures du départ de la goélette scientifique depuis Lorient pour une nouvelle mission de deux années, consacrée à l’étude des coraux. Urgente car les coraux souffrent (changement climatique, pression anthropique...), également car ils représentent « 30 % de la biodiversité des océans et que 500 millions de personnes en dépendent directement », précise Serge Planes, directeur scientifique de l’expédition Tara Pacific et directeur du Labex Corail.

45000 échantillons

Les petits animaux très anciens que sont les coraux sont particulièrement sensibles aux variations de température et d’acidité des océans, mais aussi de nutriments, de lumière, de turbidité... notamment car ils vivent en symbiose avec des microalgues photosynthétiques (qui captent la lumière du soleil et la transforment en énergie) et abritent une diversité de bactéries, virus et autres micro-organismes. Il s’avère donc important de mieux les connaître, ainsi que toute la biodiversité des colonies coralliennes pour les comprendre et pouvoir ensuite les protéger.

Tara est parti de Lorient le 28 mai dernier pour aller étudier l'état de santé des récifs coralliens de l'Océan Pacifique pendant deux années. La goélette traversera 7 mers et océans et parcourra 11 fuseaux horaires.
Tara est parti de Lorient le 28 mai dernier pour aller étudier l'état de santé des récifs coralliens de l'Océan Pacifique pendant deux années. La goélette traversera 7 mers et océans et parcourra 11 fuseaux horaires / Photo : Michèle Le Goff

La goélette scientifique

Tara est partie, avec sept scientifiques à bord, sillonner le Pacifique et prélever des échantillons autour de quarante îles. L’expédition porte en particulier sur la biodiversité (de l’étude du génome à l’approche de l’écosystème entier), sur l’état de santé de ces récifs face au changement climatique et sur leurs capacités de résistance, d’adaptation et de résilience pour y faire face.

Un Américain à Brest

Les prélèvements réalisés sur le bateau (45000 estimés) seront acheminés vers le CNRS et le Centre scientifique de Monaco qui coordonnent l’équipe scientifique de Tara Pacific(1). Les données seront ensuite mises à disposition et étudiées dans les différents laboratoires intéressés, dont ceux de la Station biologique de Roscoff qui s’intéressent aux coraux et au plancton et ceux de l’IUEM(2), à Plouzané.

Ainsi, ces informations recueillies par l’équipe de Tara Pacific arriveront probablement sur les écrans de l’équipe de Linwood Pendleton au sein du Labex Mer à l’IUEM. Le chercheur américain, qui occupe jusqu’en juillet 2019 la chaire internationale des services écosystémiques marins, étudie notamment les récifs coralliens. Lui aussi se montre assez inquiet quant aux impacts environnementaux sur les coraux qu’il juge sous-estimés(3). Le scientifique pense que les conséquences pourraient être plus rapides que prévu et les impacts plus sérieux. Il appelle à des études croisées de recherches en laboratoire et sur le terrain, dans certaines régions coralliennes, pour mieux préciser la complexité des facteurs environnementaux sur les coraux et ainsi fournir des projections plus réalistes.

Une approche globale

Linwood Pendleton scrute un tas de données environnementales, économiques, sociologiques... pour aboutir à une vision globale des grands écosystèmes marins et proposer des outils pour leur gestion et leur préservation. Ainsi, au-delà des récifs coralliens, il s’intéresse à l’acidification des océans, aux écosystèmes qui séquestrent le carbone (mangroves, herbiers, marais salants...) ou s’attèle encore à la cartographie des richesses marines et au développement d’un outil de mesure satellitaire, dédié, par exemple, au suivi des baleines en Méditerranée. Une vision très grand angle et long terme des océans !

Des récifs en danger
  • Les récifs coralliens recouvrent moins de 0,2 % de la superficie des océans mais abritent 30 % de la biodiversité marine connue à ce jour.
  • La France concentre 5 % des coraux mondiaux en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie.
  • 1 km2 de récif corallien équivaut à la biodiversité de tout le littoral de la France métropolitaine.
  • Les coraux représentent 30 milliards de dollars de services rendus par an.
  • 20 % des coraux sont menacés de disparition d’ici à moins de 40 ans.
  • 15 % sont sérieusement affectés et risquent de disparaître d’ici à 10 ans.
  • 20 % ont déjà été détruits.
  • Notre dernier ancêtre commun avec les coraux remonterait à plus de 600 millions d’années.
Renseignements encadré : 
(1) École nationale supérieure de techniques avancées.

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Michèle Le Goff

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