Lutter contre sans les tuer

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juin 2016
Inra/ Jeanne Daumal
Les phéromones d'Oméga Cat System contribueront à la lutte contre des ravageurs du même type que ce charançon des pins.

Une entreprise rennaise met au point des phéromones écocompatibles pour remplacer les pesticides.

Les pesticides ne sont pas écologiques, on le sait. Leur usage ne prend en compte ni le fonctionnement des écosystèmes, ni la biologie, ni la génétique des populations cibles. Ils polluent les sols et les assiettes des consommateurs et perdent en efficacité, car les insectes ravageurs développent des phénomènes de résistances. Le plan Ecophyto 2, mis en place par le ministère de l’Agriculture, prévoit de les interdire chez les particuliers dès 2017, et dans les collectivités en 2018. D’ici à 2025, les agriculteurs devront diminuer leur consommation de 50 %. Cette orientation ouvre la voie à un nouveau secteur : le contrôle des populations d’insectes par des moyens plus respectueux de l’environnement. Plusieurs solutions émergent et, parmi elles, l’utilisation de médiateurs chimiques.

Une niche prometteuse dans laquelle s’installe l’entreprise rennaise Oméga Cat System(1). Elle développe une gamme de phéromones de synthèse qui protègent les vignes et les vergers des insectes ravageurs.

« Les phéromones sont des signaux olfactifs produits naturellement par les insectes pour communiquer avec leurs congénères, explique Frederic Caijo, chimiste et directeur d’Oméga Cat System. Ils permettent aux mâles de repérer une femelle pour se reproduire. » Mais lorsque des phéromones de synthèse spécifiques de l’espèce sont dispersées, le mâle ne sait plus où donner de la tête. « Le but est de limiter la reproduction, et non de tuer les individus, car la nature n’aime pas le vide ; si une colonie disparaît, une autre, plus ou moins nuisible que la première, la remplacera. »

De la chimie verte !

Le marché des phéromones est en plein essor depuis 2010, il augmente de 15 % par an, mais il est limité par une trop faible capacité de production. « La chimie classique n’est pas adaptée. Elle nécessite cinq à dix étapes de synthèse. » C’est là qu’intervient la spécialité d’Oméga Cat System : une famille de catalyseurs(2) mis au point par des chercheurs de l’Institut des sciences chimiques de Rennes (ISCR)(3) et brevetés en 2006. « Nos catalyseurs accélèrent la réaction chimique et permettent de réduire la synthèse à deux ou trois étapes. On utilise donc moins de réactifs, moins de solvants, c’est de la chimie verte ! » Deux ans de recherche et développement ont permis à Oméga Cat System de produire et tester quinze phéromones en laboratoire. Au printemps 2017, l’entreprise sera prête à commercialiser plusieurs produits pour les particuliers et les professionnels. « D’ici là, il nous reste à affiner les modes de diffusion de ces phéromones », explique Frederic Caijo. Dans un verger, la méthode classique consiste à accrocher aux branches des petites pièces de plastique imbibées d’une ou plusieurs phéromones. La substance se diffuse lentement pendant trois à quatre mois, le temps de la saison haute. Une faible quantité suffit : 100 g à l’hectare contre 100 kg d’insecticide pour la même efficacité. « Les phéromones sont volatiles, aucun résidu n’est détecté sur les fruits, dans les sols ou dans l’eau. D’après les données actuelles, les tests sur les champs ne gâchent aucune culture et le processus d’homologation est rapide. » Lauréat du dispositif Crisalide Éco-activités organisé par le Centre européen d’entreprise et d’innovation Créativ en mai dernier, Oméga Cat System a prévu de renforcer son équipe avant l’été.

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Klervi L'Hostis

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