Une appli pour faire le geste

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juin 2016
Bym
Équipé de capteurs, le patient suit du regard un curseur à l'écran pour faire son mouvement.

La société Bym a conçu un outil de rééducation pour les patients souffrant de Parkinson. C’est une application mobile.

Monter les genoux, déplier le pied, garder l’équilibre ou balancer les bras. Ces gestes naturels deviennent parfois difficiles après un traumatisme ou une maladie neurologique. La société Beyond Your Motion (Bym), pour “Au-delà de votre mouvement”, a mis au point un outil de rééducation du mouvement pour ces patients. L’idée est née de deux jeunes, récemment diplômés de l’Université Rennes 2. Sébastien Brault est titulaire d’une thèse en biomécanique, son associé Romain Flèche a un master dans cette discipline, plus un master 2 en entreprenariat. « Nous avons conçu un guide visuel, sur une tablette, pour réapprendre au cerveau à faire des gestes précis, explique Romain Flèche. C’est un programme de rééducation pour les personnes victimes d’un AVC(1), ou les patients atteints par la maladie de Parkinson. Les prochaines applications concerneront tout type de rééducation du mouvement. »

Ding ! La cible est atteinte

On vous fixe un petit capteur sur la jambe ou le bras. Le déplacement du curseur à l’écran dépend de vos mouvements. Comme dans un jeu vidéo d’antan, il faut que la fusée (le curseur) touche les pointillés qui ondulent. Si la cible est atteinte, on entend ding ! La sinusoïde à suivre représente la courbe du mouvement à reproduire. « La personne joue avec son mouvement. C’est un guide pour interagir en temps réel avec son action. » Chaque geste étant le résultat d’une commande motrice, le cerveau s’entraîne ainsi à faire un geste précis, régulier dans le temps. C’est plus efficace qu’un entraînement sans guide.

Pour arriver à cela, les deux innovateurs ont épluché la littérature scientifique sur le “biofeedback”, ou rétroaction biologique. Cette méthode de rééducation en développement, consiste à modifier ses gestes à partir de l’observation de son corps. « Pour bien comprendre la maladie, nous avons rencontré une dizaine de spécialistes, des médecins neurologues et des kinés, ainsi que des associations de malades », poursuit Romain Flèche. Des échanges ont eu lieu avec une centaine de patients de l’Ouest souffrant de Parkinson, et une quinzaine ayant eu un AVC. Cinquante d’entre eux ont essayé le prototype, puis une dizaine de patients ont utilisé l’outil à domicile pendant trois semaines.

La qualité de la marche

Des tests de marche standards pour Parkinson (parcourir la plus grande distance en six minutes, se lever d’une chaise et s’asseoir) ont été réalisés, avant et après l’essai de trois semaines. « Les patients ont amélioré de 5 à 20 % leurs performances de marche, à des amplitudes et des vitesses de mouvement plus élevées, souligne Romain Flèche. La qualité de la marche est améliorée. Les médecins voient l’intérêt de cet outil. » Cette amélioration n’a pas encore été démontrée scientifiquement. C’est l’objet d’une étude clinique à venir avec le Pôle Saint-Hélier(2), à Rennes.

L’intérêt de ce dispositif est sa simplicité : il comprend un iPad et deux capteurs. Pas besoin de Kinect, de connexion Internet, ni d’électricité permanente. L’outil sera bientôt disponible. Gratuitement, mais il faut acheter les capteurs. Signe de son originalité, ce projet est l’un des cinq lauréats, sur 116 candidatures, du concours nantais Start West, le 30 mars dernier. On peut faire des études en sciences et techniques des activités physiques (Staps) et appliquer ses connaissances dans un domaine lié au sport : la rééducation.

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Nicolas Guillas

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