À la pêche aux informations !

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novembre 2016
L'équipe de Yann Rabuteau (absent sur la photo) comprenait des codeurs, des développeurs, des géomaticiens, des étudiantes en marketing, un data journaliste, un juriste spécialiste de l'environnement marin, des étudiantes en sciences naturelles et d'autres en sciences de l'ingénieur.
Juliette Rimetz / Technopôle Brest-Iroise

Les données de la mer ne sont pas réservées aux chercheurs. Tout le monde a pu s’en emparer lors d’un hackathon(1).

« Quand je me balade au bord de l’océan, je me demande parfois comment s’appelle tel phare que j’aperçois ou encore je m’interroge sur les variétés de poissons présentes dans l’eau. » Yann Rabuteau, gérant d’un bureau d’études juridiques spécialisé en environnement marin et littoral, a imaginé une application pour satisfaire sa curiosité a priori partagée, sans avoir toutes les compétences et les informations pour la réaliser.

Le premier Hackathon de la mer qui s’est déroulé le week-end des 8 et 9 octobre derniers à Brest lui en a donné l’opportunité. À l’initiative du Technopôle de Brest-Iroise en préambule de la Sea Tech Week, il a réuni des profils variés (codeurs, développeurs, graphistes, rédacteurs, étudiants en marketing...) autour de données liées à la mer et de six projets, dont celui du juriste. Les participants avaient quarante-huit heures pour réaliser un “démonstrateur” de leur projet à partir des donnés mises à disposition et en se réunissant par équipes pluridisciplinaires.

Tester la faisabilité

« Cela faisait un an, que j’avais cette idée en tête », confie Yann Rabuteau. Le hackathon lui a permis de tester la faisabilité technique de son projet devenu, en le croisant avec les idées et les compétences des autres participants de son équipe, une application qui permet de visualiser in situ des informations en réalité augmentée sur l’écran de son smartphone et d’accéder à des données depuis son ordinateur. Outre la concrétisation technique, Yann Rabuteau se réjouit de l’enthousiasme partagé et de cette expérience. « Je crois beaucoup au partage de connaissances et de compétences qui sous-tend le hackathon, d’autant plus pour les questions littorales et maritimes qui sont tellement transverses. »

Le succès du hackathon tient à trois raisons : les projets, qui doivent être intéressants et réalisables ; les compétences réunies en équipes pluridisciplinaires et les données, en l’occurrence sur le milieu marin et le patrimoine naturel pour le projet lauréat. Sans elles, il n’y aurait que des coquilles vides. Une quinzaine d’établissements dont l’Ifremer, le Shom(2), l’Agence des aires marines protégées, l’UBO(3), l’Isen(4), Télécom Bretagne...(5) ont joué le jeu avec plaisir, en fournissant des données. « On nous avait communiqué les projets en amont pour que nous puissions préparer les informations les plus pertinentes », explique Thomas Loubrieu de l’unité Informatique et données marines à l’Ifremer. Collectées dans un contexte de recherche assez éloigné de leurs applications pour les projets du hackathon, les observations ont dû être synthétisées et expliquées.

Données en libre accès

Ces informations sont accessibles, y compris en dehors du hackathon. « L’Ifremer est un organisme public. À ce titre, les données que nous contribuons à obtenir sont publiques », rappelle Thomas Loubrieu. Il y a quelques exceptions, par exemple le suivi des pêches effectué pour le compte de ministères. Pour le reste, le centre des données de l’Ifremer se charge de gérer les informations collectées et de les rendre disponibles sur un portail Web(6).

Bien sûr, les scientifiques, qui ont programmé des campagnes pour collecter des données en rapport avec leurs travaux, prennent le temps de les analyser pour leurs études, avant de les rendre publiques. Pour autant, le libre accès des données scientifiques est une tendance générale. Le programme européen Copernicus met ainsi à disposition des observations brutes sur l’océan. L’objectif est que des sociétés s’en saisissent pour, par exemple, développer des infrastructures littorales, pour la navigation... À Brest, les membres de l’équipe lauréate du Hackathon de la mer devaient se réunir pour évoquer la suite : il n’est pas impossible qu’une start-up soit créée pour finaliser les applications.

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Michèle Le Goff

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