Portraits

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Jean-Yves Saillard
68 ans

Professeur émérite en chimie théorique à l’Institut des sciences chimiques de Rennes

Interviewé par Maryse Chabalier, quelques jours après avoir reçu le prix de la Fondation franco-taïwanaise à l’Académie des sciences, conjointement avec son collègue Chen-Wei Liu, de l’Université Dong Hwa de Taïwan, où il se rend régulièrement.

«Le hasard n’est pas la tasse de thé des chimistes théoriciens.»

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

Aucune idée, je n’en sais rien. J’aurais peut-être été prof, ce qui est presque pareil vu que j’ai été professeur à l’université.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

Cette question me fait penser à De Gaulle qui aurait dit quelque chose comme « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. » Je contribue comme tous mes collègues à la progression des connaissances. On n’a pas forcément trouvé un truc qui va se transformer en brevet. Je fais de la chimie théorique appliquée. J’utilise les outils de la chimie quantique pour expliquer pourquoi les molécules qui existent, existent, et pourquoi elles ont les propriétés qu’elles ont. Je crée des liens entre des observations expérimentales a priori sans relations entre elles.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, parfois. Ça nous est arrivé de trouver fortuitement que des molécules que personne n’aurait a priori imaginées, étaient concevables. Des collègues les ont ensuite synthétisées. Certains de ces composés avaient des applications dans le domaine de la catalyse ou de la photoluminescence. Mais de façon générale, le hasard n’est pas la tasse de thé des chimistes théoriciens, on cherche
à comprendre comment fonctionne le monde de la chimie, ce qui laisse moins de place au hasard.

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Qu’avez-vous perdu ?

Ma jeunesse.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

On doit pouvoir tout trouver, il ne faut rien laisser dans l’ombre. C’est l’utilisation que l’on peut faire des connaissances qui peut avoir des effets néfastes, mais tous les domaines doivent être explorés.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Celle d’une augmentation du budget pour la recherche, qui est devenu dérisoire.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Parfois ce que je ne comprends pas. Mais il s’agit alors plutôt d’un doute sur ma façon de raisonner.

Propos recueillis par
Maryse Chabalier

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