La COP21 version bretonne

351
avril 2017
Esa/Nasa
Le changement climatique menace d’abord le littoral de la Bretagne (ici la presqu’île de Quiberon vue par l’astronaute Thomas Pesquet, le 17 février dernier). Pour y résister, la Région veut réussir sa transition écologique

Les acteurs bretons de l’environnement ont lancé à Saint-Malo la COP régionale. Objectif : réussir plusieurs transitions.

La COP21 fait des petits. La Bretagne a lancé sa COP régionale à Saint-Malo le 9 mars (photo). Sept cents acteurs se sont réunis au Carrefour des transitions organisé par le Conseil régional. Changement climatique oblige, l’objectif est de réussir toutes les transitions liées à la qualité de l’eau, à la biodiversité, aux énergies et aux déchets-ressources. Une quarantaine d’élus bretons, des responsables administratifs, les représentants d’une soixantaine d’associations, des chefs d’entreprises, des agriculteurs et des scientifiques étaient présents. « Cette COP régionale est un projet fondateur pour la transition énergétique et écologique », a souligné le préfet de Région Christophe Mirmand, qui a mentionné le rôle des associations, mais aussi des universitaires et des scientifiques.« L’idée est de récolter un maximum de contributions, a expliqué Thierry Burlot, le vice-président de la Région chargé de l’environnement. Nous voulons écrire une charte éthique autour de ces questions. » Un livre blanc des engagements sera écrit avant la fin de l’année, puis un événement citoyen sera organisé à la fin de 2018. Les garants de la méthode sont des chercheurs : « Nous souhaitons installer un comité scientifique avant l’été, poursuit l’élu régional. Avec des chercheurs dans le domaine environnemental, mais aussi ceux des sciences humaines, car cela dépasse la question de la technique. »

 

 

 

La Bretagne a lancé sa COP régionale à Saint-Malo le 9 mars

Crédit: Nicolas Guillas

 

 

« Tout est lié »

Le biologiste Gilles Bœuf, conseiller de la ministre de l’Environnement, a ouvert le bal avec une conférence démonstrative. Confiant dans la Bretagne « qui a toujours été à la pointe », il a montré l’urgence d’agir. « Énergie, eau, biodiversité : tout est lié. Comment nous préparer à tous les changements ? C’est la vraie question. Et arrêtons de croire que la technique va nous sauver. » Plusieurs acteurs de la société ont exprimé leur engagement pour l’environnement, dont Loïc Hénaff qui préside Produit en Bretagne (400 entreprises). Quant aux associations, elles soutiennent la démarche avec trente contributions. Parmi les scientifiques présents, Claire Rollet, directrice du laboratoire de l’Ifremer à Dinard, participait à un atelier avec des représentants de la Dreal (1), des acteurs des énergies marines, des associations et des gestionnaires de l’eau.

« Il a beaucoup été dit aujourd’hui qu’il n’y aura plus de développement économique, s’il y a une destruction de l’environnement. Pour nous scientifiques, c’est évident. Mais il n’est pas superflu de le répéter, pour que ces idées imprègnent la société. » L’ingénieur de recherche en biologie marine souligne que « l’évaluation de la biodiversité et sa préservation sont essentielles pour moi. J’ai échangé avec des entrepreneurs : nos approches sont différentes. Ils ont un souci d’exploitation et de rentabilité. Il faut qu’ils vivent avec cet environnement et qu’ils en tirent bénéfice ! Tout en le respectant. Nous avons parlé énergie renouvelable, économie circulaire... et nous nous rendons compte que nos perceptions peuvent évoluer. Pour aller vers des consensus. »

L’hydrogéologue Mélanie Bardeau, directrice du BRGM (2) Bretagne, était à Saint-Malo et estime « cette approche transversale très intéressante et très riche. » L’océanographe Laurent Labeyrie, cosignataire avec Jean Jouzel du 4e rapport du Giec (3) en 2007, aujourd’hui professeur émérite à l’Université Bretagne Sud, participaient aux ateliers (4). « La Bretagne sera moins soumise que d’autres régions aux phénomènes climatiques extrêmes. Mais nous aurons des problèmes d’occupation de l’espace sur le littoral, qui sera affecté par des tempêtes et des surcotes (5) exceptionnelles. » L’océanographe se félicite de cette COP régionale, mais regrette qu’elle ait « une visée à trop court terme (2018). Il faut des objectifs ambitieux pour 2030, quand les problèmes commenceront à être importants. Et démarrer très vite. » Il suggère aussi d’ouvrir le conseil scientifique à des personnalités hors de Bretagne.

Président du conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité, Gilles Bœuf suit ce qu’il se passe dans les autres régions. Il cite « l’Aquitaine, qui a établi un état des lieux de l’évolution climatique locale et des menaces qui pèsent sur le littoral, avec un Labex (6) soutenu par la Région associant le CNRS, les universités et l’Irstea (7). » La semaine précédente, il était en Normandie pour accompagner « sept laboratoires de recherche qui ont signé un projet commun pour étudier ces questions-là : remontée du niveau de la mer, impacts agricole et aquacole, surexploitation des stocks, contamination, impacts du climat. »

 

Une étude globale

Son conseil est d’établir un état des lieux approfondi des changements globaux en Bretagne depuis 150 ans. Une synthèse des impacts des activités humaines permettrait d’établir des priorités d’action. Pour ce faire, la région compte d’excellents laboratoires, qui évaluent déjà les écosystèmes et sont des appuis à la politique publique. Et quels sont les champs scientifiques nécessaires pour cette étude globale, selon Gilles Bœuf ? « Il nous faut des mathématiques appliquées, de la chimie, de la physique, de la biologie, de l’écologie, mais aussi de la sociologie, de l’anthropologie, de l’économie. Un zeste de philosophie, ce ne serait pas mal. N’oublions surtout pas les sciences humaines et sociales. » Enfin, à noter parmi les contributions du 9 mars, le Ceser (8) de Bretagne a apporté sa synthèse et une analyse des enjeux (9) pour réussir les transitions vers une société postcarbone.

Tabs

Nicolas Guillas

Ajouter un commentaire

L'ACTUALITÉ