Dans la voiture du covoiturage

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avril 2017
D. Gouray/Rennes Ville et Métropole
La majorité des covoitureurs se connaissaient déjà avant d’organiser leur trajet.

Une économiste brestoise a dressé le portrait type du covoitureur. Et ce n’est pas celui que vous croyez !

Sur Internet, les sites de covoiturage fleurissent, mais ils ne représenteraient que la partie émergée de l’iceberg. « Seul un quart des personnes qui ont déjà fait du covoiturage sont passées par un site Internet », explique Virginie Lethiais, économiste à l’IMT Atlantique (1) et membre du Groupe d’intérêt scientifique Marsouin (2), qui étudie les usages du numérique. L’enquête sur les pratiques de consommation collaborative réalisée par Marsouin (3) en 2016 a interrogé des personnes de plus de 18 ans, dans la France entière. 1237 personnes, soit 61,8 % des répondants, avaient déjà partagé un trajet en voiture. Une dizaine de pour cent utilisent régulièrement le covoiturage pour les trajets du quotidien ou entre le domicile et le travail. Ces covoiturages passent souvent inaperçus dans la plupart des enquêtes, qui ne prennent en compte que les covoiturages réalisés en utilisant une plate-forme Internet. Or, moins de 15 % des covoitureurs passent par un site Internet pour les trajets domicile/travail, contre 28 % pour les trajets de plus de 80 km.

 

Entre connaissances

Ami, voisin ou collègue, la grande majorité des covoitureurs partagent leur trajet avec des personnes qu’ils connaissent déjà. Entre le domicile et le travail, 77 % des personnes qui voyagent avec quelqu’un le font avec une personne de leur entourage. Pour les autres trajets du quotidien, comme aller faire des courses, emmener les enfants à l’école, ou se rendre à une activité de loisir, ce chiffre monte à 82 %. Un résultat plutôt logique : « On a plus de chance de trouver quelqu’un qui fait le même trajet que soi dans son entourage quand le déplacement est de courte distance », souligne la chercheuse. Nous avons également plus confiance dans un proche et, comme nous pourrions nous y attendre, la confiance influence fortement la régularité de la pratique. En revanche, les covoiturages organisés par une structure, que ce soit une entreprise ou une association, sont peu fréquents.

 

Voyager autrement

Autre surprise de l’étude, les personnes déclarant vivre dans une zone bien desservie en transports en commun sont aussi celles qui utilisent le plus le covoiturage. « On aurait pu penser que cette pratique comblerait le manque de transports, mais ce n’est pas le cas », s’étonne l’économiste. Et ce n’est pas lié à une plus grande mobilité des urbains ! La chercheuse étant au début de son étude, elle n’a pas encore d’explication à ce phénomène.

Enfin, même si le covoiturage permet de réduire le prix du trajet, il est davantage utilisé par des personnes ayant un niveau de revenus qu’elles jugent satisfaisant et qui appartiennent à des catégories socio-professionnelles supérieures. Le niveau d’études joue également positivement sur l’utilisation du covoiturage. Un constat que fait aussi Thierry Pénard (4), professeur d’économie à l’Université de Rennes 1 (5), qui a étudié l’utilisation des plates-formes numériques pour la consommation collaborative, dont le site de covoiturage BlaBlaCar. « Les personnes qui ont un revenu plus haut ont moins besoin des économies permises par le covoiturage, mais ont plus l’occasion de voyager », a-t-il analysé lors de la journée d’étude sur la consommation collaborative organisée par le groupe Marsouin à Rennes le 16 mars dernier. Le covoiturage peut alors être un moyen de voyager autrement et de façon plus conviviale. Une pratique qui a un bel avenir devant elle : non seulement elle est surtout adoptée par les jeunes, ce qui signifie de plus en plus d’utilisateurs en perspective, mais en plus, le rôle de l’entourage est prédominant pour son adoption. Le bouche à oreille serait le meilleur allié du covoiturage !

Plus de télétravail pour moins de mobilité ?

Les outils de numérisation et communication à distance facilitent le travail délocalisé et notamment le télétravail. Mais ces pratiques font-elles pour autant diminuer les déplacements ? Pas si sûr ! Selon Éric Le Breton, maître de conférences en sociologie à l’Université Rennes 2 et spécialiste de la mobilité, les études sont assez contradictoires. « La pratique du télétravail se développe dans les catégories socioprofessionnelles élevées et se trouve particulièrement adaptée aux milieux créatifs, explique-t-il. Disons pendant deux ou trois jours par semaine. Mais ces métiers se nourrissent aussi de contacts et d’échanges en direct. » Les déplacements sont alors regroupés et plus intenses sur l’autre partie de la semaine pour “faire le tour des popotes” ! « On peut dire que les deux phénomènes s’additionnent, un peu comme ce qui s’est passé avec la radio et la télévision : la deuxième n’a pas fait disparaître la première. »

Nathalie Blanc
Renseignements : 
Éric Le Breton eric.lebreton@univ-rennes2.fr

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Maryse Chabalier

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