Des cyclistes sous protection

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avril 2017
Fotolia/Christian Müller
Bus, voitures, mais aussi autres cyclistes et piétons... Circuler à vélo en ville n’est pas de tout repos !

Deux électroniciens cyclistes imaginent des dispositifs innovants pour sécuriser les déplacements en deux-roues.

Le vélo les a réunis ! À l’Institut d’électronique et de télécommunications de Rennes (1), sur le campus de l’Insa, Raphaël Gillard travaille habituellement sur les antennes spatiales et Stéphane Méric sur les radars équipant des systèmes de défense. Mais depuis plus d’un an, ils ont axé une partie de leur activité de recherche sur la détection des cyclistes. Eux-mêmes adeptes du deux-roues, c’est la conscience des difficultés à rouler en ville qui les a menés à monter le projet Cyclo-Pe (2) débuté en 2016 pour une durée de trois ans.

 

Comme la lumière des catadioptres

Le premier volet du projet a pour but d’améliorer la visibilité des cyclistes en les rendant détectables par les radars anticollisions des voitures. « Nous tenions à partir d’un équipement qui existe déjà dans de nombreux véhicules afin de limiter les coûts, explique Raphaël Gillard. De sorte qu’il faut juste équiper le vélo et/ou le cycliste d’un réflecteur d’ondes. Ce réflecteur fonctionne avec les ondes sur le même principe que le catadioptre avec la lumière : il réfléchit l’énergie en la focalisant dans la direction dans laquelle elle est arrivée. » Le but de l’opération étant d’augmenter la surface équivalente radar (SER) du cycliste, c’est-à-dire la surface capable de renvoyer l’onde émise par la voiture, qui est très faible chez un cycliste : c’est une forme assez mince et... en mouvement ! Deux types d’équipements sont testés : l’un à fixer sur le vélo et pour lequel il faudra trouver la place idéale. L’autre idée serait d’intégrer les réflecteurs directement dans le tissu du gilet jaune (3). Les chercheurs réalisent pour l’instant des mesures en chambre pour modéliser la réflexion des signaux. « Ces développements théoriques sont assez longs car il y a beaucoup de paramètres à intégrer, notamment pour le gilet, précise Stéphane Méric. Car tout le vêtement est réflecteur, le tissu est étiré par endroits et l’angle du cycliste par rapport aux ondes n’est pas constant... » Il n’empêche que ces travaux se sont déjà fait remarquer : ils ont bénéficié d’une bourse d’encouragement lors des trophées BPO (4) à l’automne 2016.

 

Attention aux bus !

Le deuxième aspect du projet consiste à aider les cyclistes à détecter les bus qui arrivent derrière eux. Une idée d’autant plus intéressante que Rennes Métropole et Keolis Rennes s’apprêtent à tester des bus électriques, et donc très silencieux, sur quelques lignes du réseau métropolitain. Les chercheurs imaginent cette fois se servir de signaux radio déjà émis par le bus comme ceux des balises radiocom pour la géolocalisation, par exemple. « Nous faisons l’inventaire des bandes de fréquences que nous pouvons récupérer, poursuivent les chercheurs, et nous étudions aussi la possibilité d’indiquer la provenance du bus au cycliste : arrive-t-il par la gauche ou par la droite ? » Comment cette information pourrait-elle être transmise au cycliste ? Cette question d’ergonomie est traitée par une équipe de chercheurs de l’Ifsttar, porteur du projet. Signal sonore, lumineux, ou par pression grâce à un bracelet : plusieurs solutions sont envisageables. L’Ifsttar a d’ailleurs mis au point un simulateur de vélo pour étudier les comportements des cyclistes dans la circulation et tester l’acceptabilité du dispositif. Tout comme le casque devenu obligatoire pour les enfants de moins de douze ans en mars dernier, ces appareils pourraient devenir indispensables aux cyclistes. Les intégrer dans les vélos proposés en libre-service dans les métropoles serait même un plus.

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Nathalie Blanc

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