Être acteur de sa mobilité

Les réflexions sur les déplacements vont au-delà des moyens de transport. Elles partent des besoins des usagers.

Lutter contre la pollution, fluidifier le trafic... la mutation des déplacements est dans tous les esprits. Plus qu’une révolution des moyens de transport, c’est une agrégation de modes existants à laquelle on devrait assister. La voiture reste l’objet le plus employé pour se déplacer, mais son utilisation évolue et d’autres modes de transport viennent s’ajouter. « On peut très bien utiliser trois modes différents pour aller d’un point A à un point B », estime Sergio Capitao Da Silva, le directeur du pôle de compétitivité iD4Car, qui soutient l’innovation des véhicules et de la mobilité dans le grand Ouest. Aller au travail en covoiturage, emprunter un vélo à la sortie de son bus... Autant de changements d’habitudes plus simples à dire qu’à faire. « Cela dépend des gens, s’ils ne voient pas l’intérêt, ils ne vont pas s’y engager », explique Jean-Luc Hannequin directeur développement à la CCI (1) d’Ille-et-Vilaine. D’où l’idée du projet Bretagne mobilité augmentée (BMA), qu’il a codirigé avec Alain Somat, chercheur en psychologie sociale expérimentale à l’Université Rennes 2. Le projet a duré quatre ans, de septembre 2012 à la fin de 2016. L’enjeu était de ne plus voir la mobilité comme une fatalité, mais de comprendre, au cas par cas, pourquoi une activité génère des déplacements et comment ceux-ci pouvaient être améliorés.

 

Repenser l’activité

Dix-neuf structures, aussi diverses que les universités rennaises, un centre commercial, un groupe bancaire, une communauté de communes ou des entreprises de construction ont participé à l’expérience. Pour chacune, la problématique posée était différente. « Nous avons coconstruit les dispositifs de mobilité, pour qu’ils viennent s’imbriquer dans l’activité », explique Alain Somat. Si le covoiturage peut très bien convenir aux salariés de la CCI, il n’est, par exemple, pas adapté à ceux de la société d’abattage Jean Rozé, qui ont des horaires fluctuants. Repenser la mobilité implique un engagement de toute l’entreprise. Le meilleur moyen de l’améliorer peut parfois être... d’en supprimer la cause ! Cela amène à s’interroger sur l’organisation de l’activité.

Ainsi, le groupe de construction Cardinal a optimisé la planification de ses chantiers, afin de limiter les déplacements des salariés mais aussi du matériel. Un changement doublement gagnant, puisqu’il lui a fait gagner en performance. Dans la même idée, le campus de Ker Lann, à Bruz, a expérimenté un système de livraison de courses, pour faciliter l’approvisionnement des étudiants. La SNCF, elle, a installé des espaces de coworking, pour permettre à certains de ses salariés de travailler à distance, dans une gare plus proche de chez eux.

Mais une solution idéale sur le papier peut très bien ne pas être adoptée. Cela a, par exemple, été le cas lors d’une expérience menée avec le promoteur immobilier Coop de Construction. Les habitants d’un petit immeuble étaient d’accord pour tester le partage d’une voiture, afin de remplacer le second véhicule du foyer. Malgré cela, au bout de plusieurs semaines, l’automobile mise à disposition restait désespérément au garage. Le dispositif de partage avait pourtant été étudié pour être le plus simple possible : accord avec une compagnie d’assurance en cas de problème, utilisation d’une carte et d’un boîtier pour accéder à la clé... Les responsables du projet se demandaient bien d’où venait le problème.

 

Blocage psychologique

« La réponse était que la voiture appartenait initialement à l’un des propriétaires », raconte Alain Somat. Les voisins n’osaient pas l’utiliser, par peur de l’abîmer ! Il a suffi de proposer une voiture prêtée par un garagiste pour que la solution soit adoptée. Le fait qu’elle soit électrique a en plus suscité la curiosité. Preuve qu’entre le succès et l’échec, l’écart est parfois mince, et que nos prises de décisions ne sont pas forcément rationnelles. Ces succès et ces erreurs ont permis de mettre au point une méthodologie d’intervention pour aider les décideurs à repenser les mobilités comme un levier de performance, en lien avec les besoins des usagers et au niveau local. Pour l’occasion, BMA s’est renommé Booster de mobilité active.

« Nous avons créé une plate-forme sur Internet (2) avec les retours d’expériences des démonstrateurs et des fiches sur les grandes solutions, avec les cadrages juridique, économique, psychologique et sociologique qu’elles impliquent », présente Jean-Luc Hannequin. L’équipe de BMA a publié un Manifeste pour réinventer la mobilité. « C’est un instrument de mobilisation générale si l’on veut ne pas subir les conséquences environnementales liées notamment à la pollution, la congestion, la santé publique... », explique le cocoordinateur du projet.

 

Passage à la vitesse supérieure

Pour initier cette prise de conscience générale, des acteurs du projet ont participé à une émission sur TV Rennes le 17 mars dernier (3). Un accord pour étendre la méthode au niveau national vient d’être signé entre l’Ademe (4), qui a financé BMA, et CCI France, qui accompagne les entreprises. Une réflexion d’autant plus importante que, d’ici le 1er janvier 2018, toute entreprise de plus de cent salariés sur un même lieu devra mettre en place un plan de mobilité (5). De leur côté, les Rennais n’ont pas fini d’entendre parler de coconstruction de la mobilité au niveau local : le 21 mars dernier, à la Maison de la Bretagne à Paris, Rennes Métropole, accompagnée du Conseil régional, a annoncé l’organisation d’une rencontre (6) au printemps 2018 pour imaginer les déplacements de demain. Pendant trois jours, la ville entière devrait se transformer en un vaste laboratoire d’expérimentations à ciel ouvert...

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avril 2017
La mobilité
La question des derniers mètres

Des adultes se rendant au travail à trottinette, ou droits comme un I en costume-cravate sur leur gyropode, ces plates-formes à roulettes électriques, munies ou non d’un manche. Il y a encore quelques années, cela nous aurait semblé improbable. Aujourd’hui, ces modes de déplacements ne sont plus réservés aux enfants ou aux loisirs, et commencent à faire leur apparition dans les déplacements du quotidien. Un effet de mode ? Pas d’après Sergio Capitao Da Silva, le directeur d’iD4car, pôle de compétitivité autour des véhicules et de la mobilité. « Avec le vieillissement de la population, la problématique n’est plus le dernier kilomètre mais les derniers mètres », estime-t-il. C’est ce que l’on appelle la micromobilité. Ces objets facilement transportables et utilisables sur de courtes distances pourraient aider à passer d’un mode de transport à l’autre ou à se rendre jusqu’à une station de bus, plutôt que de prendre la voiture.

Sergio Capitao Da Silva sergio.capitao@id4car.org

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Maryse Chabalier

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