Sur le chemin de l’école

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avril 2017
Fotolia/Laiotz
La pratique du vélo permet d’apprendre à tenir compte des autres usagers.

Seuls ou accompagnés, à pied ou en voiture, le mode de déplacement des enfants influence leur développement.

Rentrer de l’école, aller chez des amis ou à une activité le mercredi après-midi... Les trajets des enfants sont au cœur des recherches de Sandrine Depeau (1), psychologue environnementale à l’Université Rennes 2 (2). « Étudier la mobilité de l’enfant est important du point de vue de son développement psychologique et social, de l’environnement et de la société », explique la chercheuse. Les enfants sont de plus en plus accompagnés par des adultes, du fait d’une impression d’insécurité. Au Royaume-Uni, par exemple, 80 % des enfants âgés de 7-8 ans faisaient leurs trajets scolaires sans être accompagnés en 1971, contre seulement 6 % en 2010. Cette évolution est observée dans la plupart des pays européens, même si la tendance s’est un peu inversée ces dernières années. Or, cet accompagnement est souvent lié à des déplacements en voiture. Ceux-ci ont un effet direct sur l’augmentation du trafic routier et la pollution.

 

Développement de l’autonomie

La chercheuse a aussi montré que les enfants qui se déplacent seuls, que ce soit à pied, à vélo ou en transports en commun, sont plus autonomes et localisent mieux les lieux, alors que ceux plus souvent accompagnés ont une vision plus restrictive, sous forme de cheminements. « Une de nos hypothèses est que le déplacement à vélo a plus d’effet sur le développement de l’enfant que la marche à pied », avance la chercheuse. En effet, le vélo, en plus de mobiliser les connaissances spatiales, demande de prendre en compte les autres usagers. C’est aussi une mise en pratique du code de la route.

La chercheuse est responsable du projet de recherche Mobi’kids, qui vise à étudier les facteurs qui influencent les modes de déplacements des enfants et à inciter à l’adoption de transports doux. Il vient de débuter et se prolongera jusqu’en 2021. L’étude se déroulera à Rennes et dans une ou plusieurs communes alentour. L’objectif est de prendre en compte plusieurs types d’environnements et de classes sociales. « Nous allons voir comment se synchronisent les déplacements des enfants et de leurs parents en procédant en deux temps : une première étape lorsque les enfants sont en CM2, puis une seconde lors du passage au collège, pour voir comment ils s’adaptent à ce nouveau territoire et s’il y a un changement de mode de transport », détaille Sandrine Depeau. Chaque couple parent/enfant sera individuellement équipé d’un GPS pendant cinq jours. Les relevés des trajets seront ensuite commentés par les personnes concernées.

 

Incidents de parcours

Cette méthode permet de prendre en compte le cheminement de l’enfant et les types d’environnement qu’il parcourt. Elle permet aussi d’enregistrer des comportements qui ne sont jamais déclarés dans les questionnaires : des arrêts en chemin, pour bavarder avec des copains, ou des petits détours. Autant de moments qui améliorent la sociabilité et l’orientation dans l’espace, mais qui ne sont pas forcément autorisés par les parents !

Enfin, des études précédentes ont montré que trois critères environnementaux influencent le choix du parcours. L’un d’eux est le degré de fréquentation des lieux, les passages peu fréquentés étant déconseillés par les parents. De ce fait, les espaces verts sont généralement évités, alors même qu’ils sont plébiscités dans les aménagements urbains. Enfin, la traversée d’axes routiers importants est spontanément évitée par les enfants, quitte à rallonger le trajet. De quoi dessiner l’environnement idéal pour favoriser le déplacement des enfants dans la ville.

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Maryse Chabalier

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