Une campagne sans voitures ?

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avril 2017
Fotolia/AM
Le tracé des lignes de transport collectif en zones rurales ne correspond pas toujours aux besoins réels des usagers.

Comment innover et trouver des solutions alternatives à la voiture dans les zones périurbaines ? Des idées émergent.

Les villes sont quadrillées de lignes de bus, de métro et autres stations de vélos..., mais ce réseau s’étiole vite quand on arrive dans les zones rurales. Comment alors se passer de sa voiture ? Une question d’autant plus pertinente à Rennes et ses environs, au vu de son organisation - une ville archipel (1), et de la répartition de ses habitants. « La population de Rennes intra-muros n’a guère augmenté depuis les années soixante-dix. C’est la population de la couronne qui a quadruplé en près de quarante ans pour atteindre bientôt 220000 habitants », souligne Éric Le Breton, sociologue spécialisé dans la mobilité à l’Université Rennes 2. Le développement de la mobilité urbaine concerne donc une certaine population, d’autant que le prix des logements en ville est de plus en plus élitiste. Et s’ils n’habitent ni ne travaillent en centre-ville, les habitants n’ont bien souvent pas d’autre choix que de prendre leur voiture.

« Trois Français sur dix sont en difficulté à cause de problèmes de mobilité », ajoute le sociologue qui a travaillé avec l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de Rennes (IAUR). Et c’est un cercle vicieux : les personnes aux postes peu qualifiés ont les revenus les plus modestes et peuvent cumuler avec des temps de travail décalés (nuit, weekend) et/ou des trajets domicile/travail périurbains et donc mal desservis par les transports publics. Dans ces foyers, la mobilité peut alors représenter jusqu’à 25 % du budget du ménage. « Les zones rurales et les transports interurbains constituent les enjeux de demain. Techniquement, cela ne pose pas de problèmes : on peut maintenant apparier un grand nombre de données. Mais ce sont les habitudes et les mentalités qu’il faut faire évoluer. Nous avons du mal à nous défaire du schéma qui perdure depuis les années 50, à savoir la valorisation de la voiture et des gros moyens de transport, train et métro. Les innovateurs sont encore trop peu nombreux. »

 

Construire avec les usagers

Mais ils existent. C’est le credo du bureau d’études Mobhilis, qui travaille et conseille les petites et moyennes collectivités sur des alternatives à l’utilisation du véhicule individuel. Basé à Sainte-Marie, à quarante-cinq minutes de Rennes en voiture, Mobhilis est à l’origine de la création de l’association Mobilités partagées en Pays de Vilaine (MPPV) (2) qui travaille à l’élaboration de lignes de bus réellement adaptées aux besoins des utilisateurs. Car les lignes sont habituellement tracées en fonction d’un critère unique, la densité des populations et des services, et suivent en général une géographie administrative. « Situé tout au sud du département, le Pays de Vilaine est très concerné par cette question. Des personnes habitant Sainte-Marie ou des communes avoisinantes travaillent, par exemple, à La Gacilly, dans le Morbihan. C’est pourquoi nous tenions à partir des pratiques réelles sur le territoire », explique Stéphane Charpentier, directeur de Mobhilis. « Et aussi, c’est très important : à impliquer les utilisateurs », précise Johan Le Bras, animateur dans l’association MPPV.

 

Au cinéma en covoiturage

Pour cela, avant de créer des lignes de bus, ce dernier commence par inciter les usagers à développer le covoiturage ! Initialement, le projet TeMix (3), sur lequel se base MPPV, a même imaginé d’impliquer les entreprises locales en proposant de coupler le déplacement de personnes à celui de marchandises (petits colis) (4). Et ce n’est que plus tard, quand ces nouveaux usages se seront déployés, que l’analyse des trajets de covoiturage qui auront émergé pourra permettre de dessiner de véritables lignes de transport collectif.

En attendant, depuis son arrivée en décembre 2016, Johan Le Bras, spécialisé dans l’animation sociale, va à la rencontre des habitants, d’abord en entretiens individuels, puis en groupes, pour les sensibiliser, prendre en compte leurs besoins, les inciter à participer et les aider à communiquer avec leurs proches et leurs voisins... Un site Internet de mise en relation est en cours d’élaboration. « Pour covoiturer ou être véhiculé, il faudra souscrire un abonnement. Un défraiement sera prévu pour les chauffeurs. Mais le but final est que les chauffeurs deviennent plus tard des passagers de la ligne de bus ! » La première expérimentation est en cours de mise en œuvre. Les habitants rencontrés sont invités à se rendre au cinéma (5) en utilisant le covoiturage. Une seconde phase se déroulera quelques mois plus tard en élargissant le périmètre géographique et fonctionnel. Quant aux lignes de tansport collectif, elles apparaîtront en fonction des usages et de la mobilisation des utilisateurs (citoyens, entreprises, collectivités) et ne sillonneront pas le Pays de Vilaine avant 2018 !

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Nathalie Blanc

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