Avec Galway contre le cancer

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mai 2017
L'Europe
Mari McMahon est l’une des quatre lauréates 2016 de l’Université nationale d’Irlande (NUI) et de l’ambassade de France en Irlande, dont l’objectif est de promouvoir les collaborations entre les universités des deux pays.
Nicolas Guillas

La doctorante irlandaise Mari McMahon étudie, à Rennes et Galway, les mécanismes du cancer du cerveau (1).

Au départ, il y a deux chercheurs européens. L’un est en Bretagne, l’autre en Irlande. Éric Chevet est le directeur du laboratoire Inserm Coss (2), à l’Université de Rennes 1. De l’autre côté de la Manche, Afshin Samali dirige l’Apoptosis Research Centre, à l’Université nationale d’Irlande (NUI) à Galway. Ces deux biologistes sont des spécialistes d’un mécanisme cellulaire, qui joue un rôle majeur dans les cancers. Ils coencadrent aujourd’hui la thèse en biochimie de l’Irlandaise Mari McMahon (3), à Rennes.

Son objectif est de combattre un cancer du cerveau, le glioblastome. Il est étudié depuis les années 2000 par l’équipe Prosac (Proteostasis and cancer) du laboratoire rennais. Cette tumeur concerne des cellules du système nerveux central, qui soutiennent les neurones et permettent l’influx nerveux. Les chercheurs s’intéressent à une partie de ces cellules, appelée le réticulum endoplasmique. C’est là où sont gérées les situations extrêmes (stress) vécues par la cellule. Et là où des protéines indispensables se structurent et sont sécrétées.

Quand la cellule devient tumorale, le réticulum produit des protéines en surnombre. Problème : elles sont mal formées, la machine s’emballe... et cela créé un cycle de stress pour la cellule. Trois capteurs naturels alertent alors la cellule, pour qu’elle s’adapte et survive au stress. Ce sont trois protéines spéciales, postées à la membrane du réticulum endoplasmique. L’une des trois protéines, bien connue des équipes bretonne et irlandaise, s’appelle “IRE1”. Ce capteur, qui détecte la surproduction anormale de protéines, active des gènes pour restaurer la situation. IRE1 coupe des petites molécules dans la cellule, les microARNs. Conséquence bénéfique : la production des protéines se ralentit.

 

Créer un agent thérapeutique

Mari McMahon étudie dans le détail cette régulation de la cellule. Il y a des centaines de microARNs différents : quels sont ceux ciblés par la protéine IRE1, au rôle majeur dans ce mécanisme ? L’idée centrale est de trouver une molécule qui agirait sur ce capteur IRE1, pour créer un agent thérapeutique contre le glioblastome. Si le capteur est en effet “trompé” par une telle molécule, il continuera à envoyer des signaux (faussés) à la cellule, lui indiquant toujours une surproduction des protéines. Intérêt : d’autres gènes s’activent alors dans la cellule pour déclencher sa mort (apoptose). C’est une voie prometteuse pour détruire les cellules cancéreuses.

Un tel agent anticancéreux n’existe pas encore. Les patients souffrant d’un glioblastome ont aujourd’hui une espérance de vie de six mois qui peut être prolongée à quinze mois, grâce à un traitement combinant chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie. Une centaine de patients sont traités chaque année à Rennes.

Ce rôle clef de la protéine IRE1 dans le développement du glioblastome a été récemment démontré par Éric Chevet. De son côté, le professeur Afshin Samali a montré le rôle de cette protéine dans les cancers du sein dits triple-négatifs. Après sa collaboration à l’Inserm à Rennes, Mari McMahon effectuera la seconde partie de sa thèse à Galway, jusqu’en 2019. La biochimiste aura alors l’expérience d’approches et de techniques complémentaires, acquise dans ces deux pays d’Europe.

 

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Nicolas Guillas

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