Brest et Canterbury voient loin

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mai 2017
L'Europe
Petr Novák, Wikipedia

Avec ses confrères britanniques, le physicien brestois Sylvain Rivet a amélioré notre vision du fond de l’œil.

Les laboratoires bretons attirent les meilleurs chercheurs internationaux, avec l’aide de l’Union européenne (lire ci-dessus). L’Europe facilite aussi le déplacement des Bretons à l’étranger. C’est le cas de Sylvain Rivet, physicien au laboratoire Optimag, à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest. Lauréat d’une bourse Marie Curie (1), il a approfondi ses recherches à l’Université du Kent, en 2016. Sylvain Rivet s’intéresse à la lumière transportée par une fibre optique. En étudiant la déformation de cette lumière, et en compensant les erreurs dues à la fibre, les physiciens connaissent les propriétés du milieu éclairé. Une application concerne le cancer du col de l’utérus : via l’endoscope, les médecins obtiennent des informations sur les cellules tumorales, dont la lumière retransmise (signature polarimétrique) est spécifique.

L’originalité des recherches du Brestois est la mesure très rapide des caractéristiques du milieu étudié. Il n’envoie pas un rayon d’une seule couleur dans la fibre, mais une lumière blanche. Elle est composée de plusieurs longueurs d’onde : l’opticien analyse les déformations de chaque couleur en même temps (codage polarimétrique), ce qui apporte plusieurs informations.

 

La rétine observée comme jamais

En Angleterre, le Brestois a développé un projet avec le laboratoire OCT (2) de l’Université du Kent, à Canterbury. Les Britanniques sont pionniers d’une technologie, qui apporte une vision ultraprécise du fond de l’œil, pour combattre le glaucome, le décollement de la rétine ou la dégénérescence maculaire. « J’ai utilisé leur technologie et l’ai détournée en ajoutant mes compétences, pour faire de la mesure de polarisation instantanée, à travers une fibre optique », résume le chercheur. Résultat : la cornée et le cristallin ont pu être imagés, en gagnant en rapidité et en profondeur.

La rétine, pavée des capteurs photosensibles reliés à des fibres nerveuses connectées au cerveau, a alors été observée comme jamais. « Grâce à la polarisation, nous pouvons voir beaucoup plus facilement une couche de fibres nerveuses, dont l’épaisseur est liée au glaucome. » Suite à cette avancée collective, les Britanniques vont réaliser des transferts technologiques. À Brest, ces découvertes pourraient aboutir à de nouveaux microscopes (3) pour la fibrose du foie et l’étude des muscles, dans le cas d’une septicémie.

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Nicolas Guillas

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