Des cellules sous contrôle

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mai 2017
L'Europe
Damien Coudreuse (à droite) et l'équipe qu'il a constituée dans le cadre du projet ERC pour travailler sur la division cellulaire à partir d'un modèle de cellule simplifiée.
Nathalie Blanc

Pour mieux le comprendre, Damien Coudreuse et son équipe ont réussi à simplifier au maximum le processus de la division cellulaire.

« Je suis assez serein » ! Cette affirmation se lit sans peine sur le visage de Damien Coudreuse et pour cause : ce jeune chercheur CNRS de l’Institut de génétique et développement de Rennes a obtenu 1,7 million d’euros de l’ERC (1) en 2013. Dans la foulée, les locaux de son laboratoire ont été refaits à neuf et, grâce au financement, il a pu acquérir le microscope spécifique dont il avait besoin pour observer des cellules vivantes en division. Autant d’atouts qui lui ont permis de recruter parmi les meilleurs candidats dans le monde entier pour monter son équipe. « On parle anglais mais c’est en fait l’espagnol qui est la langue majoritaire », précise-t-il.

 

Les chercheurs aux commandes

Et en cinq années, il s’est passé de belles choses. L’idée de Damien Coudreuse était de fabriquer une cellule simplifiée (cellule de levure) afin d’identifier les mécanismes essentiels et minimums nécessaires à la division cellulaire et d’étudier l’évolution de ces processus (2). Mettre en œuvre ce concept n’était pas simple. Il a d’abord fallu concevoir cette fameuse cellule minimale. Elle comporte plusieurs modifications génétiques qui “éteignent” quasiment toutes les fonctions habituelles liées à la prolifération des cellules. Le cycle cellulaire n’est plus contrôlé que par une molécule : une protéine CDK hybride (3). Et ce sont les chercheurs qui ont les commandes.

 

Trois ans de mise au point

« J’avais besoin d’équipements très spécifiques, très petits pour travailler à l’échelle de la cellule unique et contrôler artificiellement l’activité de CDK de manière extrêmement fine (4). J’ai pris contact avec une entreprise spécialisée en microfluidique qui s’est tellement investie dans notre projet qu’elle est venue s’installer à Rennes (5) ! » Rien que cette phase de création du modèle cellulaire a demandé trois ans aux chercheurs. « C’était un projet risqué, on aurait pu perdre ces trois années... Mais l’expérience fonctionne ! C’est tout l’intérêt d’un financement comme l’ERC : de donner leur chance à des concepts ».

Damien Coudreuse et ses collègues n’ont pas encore les réponses à toutes leurs questions, mais ils en savent déjà plus sur le mode de division, le vieillissement et la réaction au stress de leurs cellules simplifiées, par rapport à des cellules normales, ainsi que sur le traitement intracellulaire du signal CDK. Ils sont en phase d’acquisition des données finales et des premières publications ne vont pas tarder à sortir.

Et après l’ERC ? « Je peux encore financer deux postdoctorants pendant deux à trois ans, en plus des personnels permanents de l’équipe, le temps que les autres publications sortent. Mais cette année, j’ai déjà passé une bonne partie de mon temps à rédiger de nouvelles demandes de financements... » Dont une nouvelle demande à l’ERC ! Toujours basée sur le modèle de cellule synthétique, l’expérience servira cette fois à travailler sur les modes de communications intercellulaires. Qui ne tente rien n’a rien !

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Nathalie Blanc

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