Portraits

Wilfried Thomas/Station biologique de Roscoff
Frédérique Viard
47 ans

Chercheuse en écologie et biologie évolutive à la Station biologique de Roscoff

Fraîchement distinguée par la médaille d’argent du CNRS, elle a été interviewée par téléphone par Nathalie Blanc.

«J’aime cette idée de m’être laissé guider par le hasard.»

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheuse ?

Historienne. Au lycée, j’étais fascinée par l’histoire. Puis les rencontres en ont décidé autrement. Mais j’y reviens quand même : avec la biologie évolutive, je retrace l’histoire des populations et des espèces !

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

J’ai trouvé l’importance de croiser ces deux disciplines : l’écologie et la biologie évolutive. En particulier depuis que je travaille sur les processus d’introductions biologiques, liés aux activités humaines. L’étude des espèces introduites montre que l’évolution n’est pas qu’un processus qui agit sur le temps long. C’est aussi un processus qui agit sur des échelles de temps écologiques, beaucoup plus courtes, avec des conséquences multiples qui se voient aussi bien sur l’architecture des génomes que sur la diversité des écosystèmes.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, avec certitude ! Mais je n’ai pas d’exemple concret tant mon cheminement, aussi bien personnel que professionnel, s’est construit avec le hasard. Celui des rencontres notamment. J’aime cette idée de m’être laissé guider par le hasard...

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Qu’avez-vous perdu ?

Je vais peut-être manquer d’originalité, mais je pense avoir perdu de la liberté d’action dans mon travail. Je fais ce métier depuis plus de vingt ans et je trouve qu’aujourd’hui la recherche fondamentale est sous le feu des contraintes. Pas seulement financières, mais aussi des contraintes d’orientation. Les deux manières de faire de la recherche, fondamentale et appliquée, doivent absolument coexister, et la liberté de choix, par les chercheurs, des orientations de recherche fondamentale est primordiale.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

C’est une question impossible à poser à un chercheur ! La découverte et la connaissance scientifiques sont intrinsèques à notre métier. La question renvoie plutôt aux applications qui en découlent, qui peuvent pervertir les découvertes initiales.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Aucune idée... À part peut-être mes rêves d’enfant : la découverte de nouveaux mondes et les voyages dans le temps !

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Je suis quelqu’un de fondamentalement rationnelle. Mais, on le voit notamment via les médias, l’irrationalité semble gagner du terrain et cela me fait réfléchir. Est-ce parce que les nouveaux savoirs sont plus complexes et peu accessibles ? Parce que les scientifiques ont du mal à communiquer ? Ou est-ce dû à la surinformation ? Ces questions m’interpellent.

Interviewé par
Nathalie Blanc

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