Gare au sel qui s'infiltre !

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septembre 2017
La région des abers, dans le Finistère, est touchée par le risque d'intrusion d'eau salée dans les nappes phréatiques.
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Un état des lieux est en cours depuis un an pour évaluer le risque de salinisation des nappes phréatiques près de la mer.

Nous pompons toujours plus d’eau, pour l’agriculture, l’usage domestique, l’élevage... Près des côtes, cette pression accrue se traduit par un plus grand risque d’infiltration de l’eau de mer dans les nappes phréatiques. Et une fois que l’eau salée est rentrée impossible de la faire ressortir ! Certains lieux de pompage en Bretagne sont déjà contaminés : « L’eau salée est plus conductrice que l’eau douce. Dans certains forages, les eaux présentent une conductivité anormalement élevée : elle peut atteindre 800 voire 1000 µS/cm(1), alors qu’habituellement, elle est de 300-400 µS/cm », explique Mélanie Bardeau, directrice régionale du BRGM(2) Bretagne.

Plus de risques au nord

Une étude nationale avait révélé en 1996 que les aquifères situés près de Saint-Malo, Saint-Brieuc, Paimpol et des abers du Finistère Nord étaient les plus menacés. La côte sud est moins touchée, avec seulement un secteur préoccupant près de Quiberon. « Cette différence de sensibilité entre les côtes nord et sud s’explique par une différence de densité des points de prélèvements. » Après cette première constatation, aucune prospection n’avait été faite depuis en Bretagne. « Historiquement, le sujet était surtout étudié sur la côte aquitaine, qui était la plus menacée du fait des prélèvements importants pour l’agglomération bordelaise. Le littoral breton n’a pas fait l’objet d’investigations particulières jusqu’à maintenant », poursuit Mélanie Bardeau. En septembre 2016, le BRGM a lancé une étude sur l’infiltration de l’eau de mer dans les aquifères bretons, qu’il a cofinancée avec l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et la Région. L’objectif est dans un premier temps de repérer les points de pompage déjà touchés et ceux susceptibles d’être contaminés à court terme. La collecte des résultats est encore en cours. Lors d’une seconde phase, qui devrait débuter cet automne, les scientifiques sélectionneront un lieu de tests, où ils évalueront plusieurs méthodes pour déterminer quelle est la plus efficace pour suivre le déplacement de la surface de contact entre l’eau douce et l’eau salée.

Rencontre en sous-sol

Le long des côtes et des fleuves où remonte la mer, l’eau salée pénètre en effet dans le sous-sol, où elle est en contact avec l’eau douce. La différence de densité fait que cette dernière flotte au-dessus de l’eau de mer. L’interface entre les deux a un profil biseauté, s’enfonçant vers l’intérieur des terres avec la profondeur, d’où son nom de biseau salé. « Connaître la forme, la profondeur et l’évolution du biseau salé au cours du temps nous permettra de repérer les forages réellement susceptibles d’être contaminés à court terme et d’être très vigilants sur leur exploitation. Au contraire, dans les zones sans risques, il sera possible d’autoriser de nouveaux prélèvements, en conservant certaines bonnes pratiques », indique Mélanie Bardeau. La géologie de la Bretagne ne rend pas le suivi aisé. Du fait des contraintes subies au cours du temps, le sous-sol est plissé, fracturé et composé de couches non homogènes et souvent biseautées. Autant de chemins possibles pour l’eau de mer, qui s’infiltre en plusieurs endroits.

En 2007, le BRGM a édité un guide(3) à destination des exploitants pour éviter la contamination des nappes par l’eau salée. En effet, les précautions à prendre ne sont pas toujours appliquées, faute d’informations sur le phénomène.

Des précautions à prendre

Les principales recommandations sont de ne jamais pomper au-delà du biseau salé et de limiter la baisse du niveau de la nappe phréatique. Du fait de la différence de densité entre les eaux, le biseau salé remonte de 40 m à chaque fois que le niveau de la nappe perd un mètre ! Pour éviter tout risque d’aspirer de l’eau salée, il est donc conseillé de ne pas placer la pompe en dessous du niveau de la mer : un forage à 30 m d’altitude doit, par exemple, ne pas dépasser 30 m de profondeur. Avec une augmentation du niveau des océans estimée à environ un mètre d’ici à 2100 et l’accroissement du nombre d’habitants prévu sur les côtes, le risque d’infiltration de l’eau salée devrait peser de plus en plus, et pas seulement en Bretagne : une étude qui vient de s’achever a relevé la vulnérabilité des côtes normandes. La quantité de sel dans l’eau devrait faire l’unanimité entre les deux régions, contrairement à celle du beurre...

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Maryse Chabalier

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